[Top 100] « Nous aimerions que l’État nous entende et nous aide plutôt à simplifier la vie de nos entreprises ! »
CGF • Stéphane Antiglio, président • Isabelle Bernet-Denin, directrice générale • Olivier Feno-Feydel, président de CGF Alimentaire - Entretien réalisé le 9 juin.
Article publié dans le numéro Zepros Distributeurs RHD 26 - Spécial Top 100 - Edition 2026.
Stéphane Antiglio : D'une façon générale, et depuis bientôt deux ans, les entreprises traversent une période un peu plus chahutée, liée en partie à une instabilité politique au niveau français, et en partie à un contexte international très mouvant. Cela crée beaucoup de challenges et de perturbations pour elles. De fait, la CGF a désormais une double adhésion, d’une part au Medef, d’autre part, depuis le début de l’année 2026, à la CPME. Nous collaborons donc avec les deux grandes organisations patronales interprofessionnelles. Avec elles, nous menons notamment une grosse action sur les délais de règlement alors que le gouvernement veut renforcer les sanctions en cas de non-paiement. Nous trouvons cela abusif, sachant que les plus mauvais payeurs sont l’Etat et les collectivités locales ! Face aux dérives de la sphère publique que nous constatons de plus en plus fortes, je pense que nous avons été entendus.
Ensuite, nous sommes très occupés par l'accumulation des réformes qui nous tombent dessus !
D’abord, la facturation électronique, avec des enjeux à la fois éducatifs et économiques, des enjeux d’intégration avec l’amont et l’aval, et aussi une double complexité lorsqu’il s’agit de facturer des grands groupes constitués de dizaines ou de centaines d'entités. Ajoutons que la France a ajouté beaucoup de complexité avec ses systèmes de plateformes. Tandis que beaucoup de pays européens font ce que l'on appelle du e-reporting, en France, nous devons combiner le e-reporting et le e-invoicing. Tout ceci peut demander des modifications de nos propres systèmes d'information. Finalement, c'est un chantier beaucoup plus lourd que ce qu'on pouvait évoquer au début, car l'enfer est dans le détail.
Ensuite, le dossier de la REP Emballages professionnels, où il y a là clairement un manque de préparation et d'anticipation pour une application au 1er juillet, que nous dénonçons. Nous sommes en juin et l’arrêté officiel sur l’agrément des éco-organismes n’est pas encore publié. Nous ne connaissons toujours pas les barèmes des écocontributions et donc les conséquences que cela va avoir sur le coût d'une palette, d’un carton ou d'un film plastique, etc.
Enfin, les taxes incitatives au verdissement des flottes qui sont mises en place nous mettent la pression -créant parfois des incompatibilités d’autonomie ou de capacité de chargement- et renchérissent nos coûts. Et ce, malgré le plan de décarbonation que nous avons mis en place pour le secteur.
Sans vouloir nous plaindre en permanence, les décisions de l'État qui s'accumulent créent un contexte qui est particulièrement lourd pour les grossistes. La CGF est donc plus que jamais mobilisée pour tenter d'endiguer ces volontés réformatrices. Nous aimerions que l'Etat nous entende et nous aide plutôt à simplifier la vie de nos entreprises !
Isabelle Bernet-Denin : Ajoutons deux choses sur le dossier de la REP. D’une part, la fusion entre la REP Restauration, mise en place au 1er janvier dernier, et la REP EP. Tout le monde va basculer sur la REP EP au 1er juillet. À cette petite complexité supplémentaire s’ajoute un sujet financier, à savoir la question d’un éventuel reliquat, auquel cas les contributions qui ont été payées doivent revenir aux entreprises.
Olivier Feno-Feydel : À la CGF, la partie alimentaire a toujours été traitée. Aujourd’hui, l’idée est de se dire qu’il y a beaucoup de sujets totalement communs comme la résilience, la souveraineté, la décarbonation, le règlement de recouvrement, les clausiers dans la restauration collective, etc. Il faut donc que nous arrivions à nous voir régulièrement, et à partager sur tous ces enjeux communs.
Le lancement de CGF Alimentaire va permettre aux 11 fédérations alimentaires métiers - grossiste en fruits et légumes, en viandes, en produits avicoles, en boissons, en fleurs, etc. - de travailler ensemble, de se concerter et de porter des sujets communs. Nous avons donc structuré un pôle dédié au sein de la CGF afin de porter la voix des grossistes alimentaires. On m’a proposé d’en prendre la présidence, ce que j’ai accepté… à partir du moment où il y avait aussi un vice-président, en l’occurrence Stéphane Maurin, directeur général de Distriboissons.
Si l’on prend, par exemple, le cas de la souveraineté alimentaire, il faut parler de l’amont et de l’aval. Or, beaucoup de nos fédérations sont en lien direct avec la production française. On constate finalement que le travail est fait mais qu’il n’est pas suffisamment connu ou reconnu. Qui mieux qu’une confédération peut parler à nos politiques, à nos députés, à nos sénateurs pour rappeler le rôle essentiel des différents grossistes alimentaires ?
Nous nous réunissons donc sous la bannière CGF Alimentaire, pour nous emparer des sujets et incarner les métiers que nous faisons au quotidien. CGF Alimentaire, ce n’est pas une grande nouveauté, c’est plutôt une continuité, un engagement et une incarnation. Il faut que l’on capitalise sur cela pour parler d’une seule voix, par exemple sur le PJL urgence agricole. Et puis, il faut que l’on travaille tous les dispositifs d’encadrement. La concertation est essentielle dans les mois et dans les années à venir si l’on veut relever les défis qui nous attendent.
J’ai été honoré par cette demande, mais il ne faut pas se tromper : désormais, cela m’engage et m’oblige. Il va falloir y consacrer beaucoup de travail, mais je suis rassuré parce que les équipes de la CGF sont là et les fédérations sont prêtes.
S.A. : Auparavant, nous essayions de nous coordonner sur les sujets alimentaires. Désormais, nous allons un peu plus loin en créant une vraie gouvernance des sujets alimentaires. Nous structurons CGF Alimentaire, avec une régularité de réunions, des sujets bien identifiés, bien sûr évolutifs dans le temps, avec une gouvernance précise de façon à vraiment assurer cette coordination et parler si possible d’une seule voix, même si parfois il peut y avoir des appréciations différentes de sujets entre nos 11 fédérations. C’est une organisation plus aboutie que celle que nous avions l’habitude de déployer historiquement.
I.B.-D. : Il y a un calendrier de réunions plénières qui est fixé à raison de quatre ou cinq réunions annuellement. Cela n’empêche pas des groupes de travail éventuellement dédiés ou des réunions qui sont fixées de façon ad hoc en fonction de l’actualité.
Nous restons très vigilants, par exemple, sur des sujets comme le maintien du régime grossiste, eu égard aux relations tout à fait particulières des grossistes avec leur amont et leur aval, de façon à ne pas être englobés dans le débat sur les relations industrie agroalimentaire-grande distribution. D’ailleurs, Stéphane Antiglio et Éric Dumont ont été auditionnés dans le cadre de la commission d’enquête sénatoriale sur les prix et les marges dont les conclusions nous vont très bien. Elles montrent qu’il n’y a pas de sujet avec les grossistes. Nous étions satisfaits que le fonctionnement et la nature des relations commerciales, pérennes et apaisées, aient bien été compris par les rapporteurs et mentionnés comme tels.
Sur le PJL Urgence agricole, nous avons comme sujet la question de l’obligation de transmission des informations sur les achats de qualité et durable. Nous considérons que l’obligation n’a pas à remonter sur les grossistes, elle concerne les collectivités (avec le site de déclaration Ma cantine) ou éventuellement la grande distribution, en bout de chaîne.
D’une façon un peu plus globale, d’autres sujets peuvent enfin concerner CGF Alimentaire, à travers les diverses instances où nous sommes représentés : CNA, CNRC, etc. Nous avons aussi beaucoup travaillé dans le cadre des marchés publics sur les indices RNM, sur la standardisation de l’annexe financière entre acheteurs publics et titulaires des marchés pour harmoniser la transmission de datas ou sur l’élaboration d’un clausier qui vient d’être remis à la ministre de l’Agriculture. Ce ne sont pas les sujets qui manquent sur le pôle alimentaire de CGF !
I.B.-D. : Il y a effectivement une volonté de structurer ce pôle et surtout aussi de l’incarner avec notamment la création de la marque CGF Alimentaire. C’est donc une déclinaison de la marque CGF, avec une identité visuelle propre. Ce qui n’était pas le cas précédemment puisqu’il s’agissait d’un comité de liaison interne à la CGF, qui n’a jamais existé en termes de communication.
S.A. : Nous faisons ce gros travail sur tous les sujets transverses que j’ai mentionnés au début de notre entretien, auprès des ministères, notamment. La CGF est maintenant connue et reconnue et il fallait que l’on s’appuie sur ce nom de CGF pour se donner cette spécificité alimentaire. Bien sûr, l’objectif n’est pas de retirer ensuite à chacune de nos fédérations ces spécificités, car elles ont chacune des enjeux très pointus.
CGF ALIMENTAIRE EN 3 POINTS
1-Le regroupement de 11 fédérations
• les grossistes en fruits et légumes : UNCGFL (Union Nationale de Commerce de Gros en Fruits et légumes)
• les grossistes en viande : Culture Viande
• les grossistes en produits avicoles : Fenscopa (Fédération Nationale des Syndicats de Commerce en Gros en Produits Avicoles)
• les grossistes en confiserie : UPGCAF (Union professionnelle des grossistes en confiserie et alimentation Fine)
• les grossistes en boissons : Distripro
• les grossistes en fleurs : FGFP (Fédération des grossistes en fleurs coupées en plantes en pot)
• les négociants en pomme de terre : Fedepom (Fédération nationale des négociants en pommes de terre, ail, oignon, échalote et légumes en gros)
• les exportateurs et expéditeurs en fruits et légumes : Aneefel (Association des expéditeurs et exportateurs en fruits et légumes)
• les distributeurs en vente automatique : Navsa (Fédération nationale de ventes et services automatiques)
• les grossistes du MIN de Rungis : Unigros (Union générale des syndicats de grossistes du MIN de Rungis)
• les marchés de gros de France : FMGF (Fédération des marchés de gros en France)
2-Les dossiers prioritaires
• la souveraineté alimentaire : qu’il s’agisse de restauration collective, d’approvisionnement local, de sécurité alimentaire ou de gestion des crises, les grossistes rappellent qu’ils sont des partenaires incontournables pour mettre en œuvre efficacement les ambitions de souveraineté alimentaire portées par les pouvoirs publics. La reconnaissance de cette contribution indispensable doit être davantage prise en compte dans les politiques publiques agricoles et alimentaires.
• les évolutions règlementaires : REP EP, facturation électronique… ou encore le projet de loi urgence agricole et à propos duquel CGF Alimentaire restera particulièrement vigilant à toute mesure pénalisant la compétitivité et la stabilité des grossistes alimentaires.
3-Les chiffres clés
6 000 entreprises ;
150 000 salariés ;
90 % des approvisionnements de la restauration collective ;
Des milliers de producteurs partenaires sur l’ensemble du territoire.