« Nous avons fait le choix de la cohérence et de la clarté »
Réélu pour 3 ans à la présidence de « Les Grossistes Alimentaires de France », Jacques Deronzier évoque les ambitions de la fédération et ce qui la distingue de la nouvelle structure CGF Alimentaire récemment lancée.
Propos recueillis le 25 juin.
La fédération « Les Grossistes Alimentaires de France » ne représente pas des structures intermédiaires mais des entreprises qui opèrent, chaque jour, sur le terrain. Nos adhérents sourcent, approvisionnent, stockent, allotissent et livrent tous les jours. Ils font tourner la chaîne alimentaire hors domicile.
Nous réunissons au sein de la fédération une diversité d’entreprises, en termes d’organisation (Grands groupes, Coopératives, Groupements, PME ETI indépendantes), en terme de modèle économique (grossistes, généralistes ou spécialistes, à service complet ou en cash & carry) qui interviennent sur l’ensemble du territoire ou uniquement en région auprès d’une clientèle très diversifiée (restauration commerciale, collective, artisans des métiers de bouche, boulangeries, magasins spécialisés, circuits de vente alternatifs comme les cinémas, stations-service….).
Ce qui nous unit, ce n’est pas un produit, c’est un métier : celui de grossiste alimentaire multiproduits et multi températures au service de toute la consommation hors domicile.
Quand nous parlons, nous parlons avec la légitimité de ceux qui exécutent, pas de ceux qui commentent. C’est une parole ancrée dans le réel, dans les contraintes logistiques, économiques environnementales et territoriales.
Notre fédération existe depuis longtemps. Ce qui change aujourd’hui, c’est son niveau de structuration et d’ambition.
Nous passons d’une logique de représentation à une logique d’influence. Concrètement, cela veut dire une parole plus unifiée, portée directement par les entreprises, et une capacité renforcée à peser dans les arbitrages publics et économiques.
Le sujet n’est pas d’exister — nous existons déjà. Le sujet est de compter. Et pour compter, il faut être organisé, produire des positions claires et s’inscrire dans le rapport de force. C’est exactement ce que nous sommes en train de construire.
Trois priorités claires.
D’abord, la reconnaissance politique. Le grossiste alimentaire est aujourd’hui le grand angle mort des politiques agricoles et alimentaires. C’est un non-sens économique. Nous construisons des données, nous portons un poids réel, et nous entendons désormais peser dans les arbitrages.
Ensuite, la souveraineté alimentaire et la RSE. On ne relocalisera pas l’alimentation hors domicile sans des grossistes solides, ancrés dans les territoires. Nous sommes un maillon clé entre production et consommation. Notre objectif est aussi de structurer un référentiel RSE propre à notre métier, qui valorise des pratiques déjà largement engagées.
Enfin, la transformation du métier. Le grossiste de demain sera un opérateur global : Sourcing , Logistique, Data, Conseil. Ceux qui maîtrisent la complexité client et investissent dans le digital prendront une avance décisive. Les autres disparaîtront.
Un message simple : le grossiste alimentaire n’est pas un intermédiaire de confort capteur de la création de valeur. C’est un créateur de valeur, un maillon de souveraineté.
Tant que tout fonctionne, personne ne nous voit. Mais quand la distribution professionnelle se fragilise, toute la chaîne décroche : des producteurs sans débouchés, des restaurateurs sans approvisionnement, et au final des consommateurs pénalisés.
Aux pouvoirs publics, je dis : arrêtez de penser la politique alimentaire sans ceux qui la font fonctionner au quotidien. Le grossiste alimentaire n’est pas un acteur parmi d’autres, c’est un acteur pivot.
Aux agriculteurs et aux industriels, je dis : la consommation hors domicile est votre deuxième marché. Et les grossistes alimentaires sont vos meilleurs alliés pour y accéder.
Aujourd’hui, la CGF Alimentaire donne le sentiment d’un affichage plus que d’une réalité pleinement structurée. L’intention est visible, mais la consistance reste, à ce stade, discutable.
Dans une confédération, les enjeux sectoriels sont normalement portés par des collèges ou des commissions dédiées, qui fondent leur légitimité sur l’expertise métier. La création d’une “marque” transversale comme la CGF Alimentaire acte donc une rupture. Elle pose une question simple : s’agit-il d’un modèle pertinent ou d’un dispositif opportun ? Et s’il est pertinent, pourquoi ne serait-il pas décliné à d’autres secteurs portés par la CGF (le bâtiment, la santé…). Il faut aussi replacer cette initiative dans son contexte.
Elle intervient après le départ de deux fédérations : Coedis (secteur du bâtiment) et nous, les Grossistes Alimentaires de France. Difficile de ne pas y voir une volonté de réaffirmer un rôle dans un périmètre fragilisé.
Par ailleurs, certaines prises de parole entretiennent une ambiguïté. Se présenter comme la maison commune du métier suppose une reconnaissance collective. Or, la légitimité ne se décrète pas, elle se construit.
Enfin, lorsque l’on examine la composition mise en avant, on constate que certaines entités y figurent davantage par héritage historique de l’ancienne CGI que par ancrage opérationnel fort dans le métier de grossiste alimentaire, et que certaines ne relèvent pas directement de l’alimentaire. Cela interroge nécessairement la cohérence et la crédibilité de cette nouvelle marque.
De notre côté, nous revendiquons une approche différente. Notre légitimité repose sur un ancrage métier réel, sur des entreprises qui vivent au quotidien les enjeux du grossiste alimentaire. Nous avons fait le choix de la cohérence et de la clarté : représenter ce métier, et rien d’autre. Et surtout, nous sommes attendus sur des résultats concrets, pas sur un affichage. C’est cette exigence qui fait, aujourd’hui, la différence.