Isabelle Aprile : « Face à la désinformation, la restauration scolaire mérite reconnaissance et ambition »

, mis à jour le 05/06/2026 à 00h24
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Isabelle Aprile présidente snrc

En réponse à la tribune de Stéphane Manigold, chef d’entreprise et dirigeant du groupe Eclore, publiée le 26 mai dans Le Figaro sous le titre « Cantine scolaire et malbouffe : ce que mangent vraiment nos enfants », Isabelle Aprile, présidente du Syndicat national de la restauration collective, défend la restauration scolaire. Elle rappelle son encadrement nutritionnel, son rôle social et son soutien aux filières françaises.
 

 

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À lire ou écouter certains, la restauration scolaire française serait une immense machine à mal nourrir les enfants : des repas « industriels », des élèves qui se ruent sur le pain, des producteurs sacrifiés et un système entièrement muselé par des « lobbies ». Le tableau est spectaculaire. Mais, n’en déplaise aux amateurs de sensationnel, il est faux.
De quoi parle-t-on ? Chaque jour, la restauration collective sert plus de 10 millions de repas en France. Derrière ces repas, il y a des cuisiniers, des agents de restauration, des nutritionnistes, des acheteurs spécialisés, des agriculteurs français et 300 000 salariés qui assurent une mission de service public profondément sociale : permettre à tous les enfants, quels que soient les revenus des familles ou leur lieu de vie, d’avoir accès à un repas équilibré et à un tarif social.
Réduire cette réalité à des « plateaux industriels immangeables », c’est faire insulte à ces milliers de professionnels, qu’il faut défendre et saluer, mais aussi rassurer et remercier, car ils peuvent être fiers de leur métier. Stigmatiser la restauration scolaire, c’est méconnaître le quotidien des chefs de la restauration collective. Ils élaborent chaque jour des plats « fait-maison », à partir de produits bruts et non transformés, suivent la même formation, et possèdent les mêmes compétences que leurs confrères de la restauration traditionnelle. Prétendre enfin que l’objectif premier de la restauration scolaire est de nourrir de superprofits financiers, c’est ignorer la situation économique et financière de nos entreprises et des collectivités.
Contrairement aux caricatures, la cantine scolaire est incontestablement l’un des espaces alimentaires les plus réglementés de notre société. Les menus ne sont pas construits au hasard ou selon une logique de rentabilité. Ils obéissent à des référentiels nutritionnels extrêmement stricts, validés par les instances sanitaires. Ils assurent ainsi l’équilibre alimentaire de nos enfants : fréquence des aliments dans l’assiette, fruits et légumes, limitation des produits gras ou sucrés, diversité des protéines, grammages adaptés à l’âge des élèves.
La cantine scolaire n’est donc pas une zone de non-droit nutritionnel. Elle est au contraire l’un des rares espaces alimentaires où l’offre servie aux enfants est pensée, contrôlée, encadrée et suivie.
Les parents eux-mêmes le reconnaissent. Selon la dernière enquête IPSOS « Les Français et les entreprises de la restauration collective (février 2026) », 84 % des parents considèrent que les repas servis à la cantine sont aussi voire plus équilibrés que ceux qu’ils préparent à leurs enfants. 89 % d’entre eux estiment aussi que la restauration scolaire est un rempart contre la malbouffe et permet d’éduquer les enfants au goût et à la diversité alimentaire. La cantine scolaire n’est donc pas une zone de non-droit nutritionnel. Elle est au contraire l’un des rares espaces alimentaires où l’offre servie aux enfants est pensée, contrôlée, encadrée et suivie.
Pour toutes ces raisons, il faut l’affirmer sans détour : Non, le pain n’est pas « l’aliment principal » des cantines scolaires. Non, les enfants ne sont pas nourris exclusivement avec des produits « ultratransformés ». Non, la restauration collective ne tourne pas le dos à l’agriculture française. Non, il n’y a pas de poulet ukrainien ni de viande brésilienne dans les assiettes. Oui, les approvisionnements sont très majoritairement d’origine France ou en provenance de l’Union européenne.
La restauration collective est en effet un soutien de premier plan de l’agriculture française. Depuis des années, sous l’impulsion des élus, nos entreprises structurent des filières agricoles dans les territoires. Chaque jour, elle permet à des producteurs, des coopératives, des grossistes, des PME agroalimentaires et des filières de vivre grâce à des volumes contractualisés, pérennes et prévisibles.
Les entreprises de la restauration collective sont ainsi championnes de l’origine France. En 2025, l’ensemble des achats de viande de nos entreprises de la restauration collective sont à plus de 78 % d’origine France et à près de 100 % pour les viandes fraîches. La volaille fraîche servie en restauration collective est française à 99,72 %. Les œufs sont français à 99,25 %, les yaourts à 98,79 %.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi EGAlim, les collectivités doivent absorber des exigences toujours plus fortes : montée en gamme, bio, produits durables, qualité nutritionnelle, traçabilité, lutte contre le gaspillage, transition environnementale. Ces objectifs sont légitimes et souhaitables. Et ils ont un coût.
Le surcoût lié à la loi EGAlim est aujourd’hui estimé, par le ministère de l’Agriculture, entre 30 et 67 centimes par repas selon les secteurs, dans un contexte où le coût matière moyen d’un repas scolaire se situe autour de 2 €. Ces quelques centimes supplémentaires représentent, à l’échelle des 3,7 milliards de repas servis chaque année, plus d’un milliard d’euros. La question centrale est donc simple : collectivement, sommes-nous prêts à financer cette ambition alimentaire ? Et continuer à investir dans un modèle de restauration collective d’excellence que le monde nous envie et dont la France est le fer de lance ?
Le débat mérite mieux que des slogans, des oppositions artificielles et des procès en indignité alimentaire. Parce qu’à force de caricaturer la restauration scolaire, on finit par discréditer un service public du quotidien auquel les Français sont profondément attachés.
Notre restauration collective est un bien commun au service des familles et plus largement des Français. Elle est un outil précieux pour les maires qui, grâce à elle, mènent de formidables politiques publiques : sociale, agricole, environnementale, de prévention santé et de lutte contre la précarité alimentaire.
Prenons garde à ne pas affaiblir ce modèle. Et attelons-nous collectivement à réfléchir à consolider sa soutenabilité financière, surtout lorsque nous savons qu’une mauvaise alimentation représente un impact de 125 milliards € pour le budget de l’État. Les Français, malgré le contexte budgétaire, y sont prêts : 90 % d’entre eux pensent que les collectivités devraient bénéficier de plus de moyens pour financer la restauration scolaire. Voilà de quoi nourrir collectivement une ambition, qui peut être un formidable remède à la désinformation.

                                                                                                                                                            Isabelle Aprile

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