Les marges, un sujet en première ligne pour la meunerie française
Près de 30% des entreprises de meunerie françaises demeuraient déficitaires en 2024, malgré l'accalmie observée sur les marchés mondiaux du blé. Ce constat, issu d'une étude commandée par l'Association Nationale de la Meunerie Française (ANMF) auprès de la Banque de France, démontre les difficultés actuelles et futures et la filière : privé de capacité d'investissement, le secteur semble contraint au déclassement face aux acteurs étrangers.
Le savoir-faire des meuniers français est apprécié par les utilisateurs de farine, mais cette reconnaissance peine à être observée sur le plan tarifaire. Pour Jean-François Loiseau, président de l’ANMF, les entreprises du secteur devraient pouvoir vendre leur produits à un prix « juste »… ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Confrontées à la concurrence étrangère, et notamment celle des Allemands, Italiens et Turcs, devenus les premiers exportateurs mondiaux de farine, et à la pression de leurs clients, elles n’ont pu répercuter que de façon partielle les hausses des coûts de production subies ces dernières années. Le taux de marge nette moyen, ou résultat courant avant impôt (RCAI) dépasse à peine 1% sur six des sept dernières années. Il était même négatif en 2022, avant de se redresser progressivement pour atteindre 2,3% en 2024. Un niveau toujours insatisfaisant, puisque la moyenne des industries agro-alimentaires était de 3,9% à la même période, alors même que les charges liées à la matière première agricole se sont tassées sur fond de baisse des cours mondiaux du blé. 27% des entreprises demeuraient déficitaires, ce qui laisse planer le doute sur la pérennité de telles structures. Leur situation économique dégradée pourrait faire fuir d'éventuels repreneurs, qui seront indispensables pour préserver la souveraineté alimentaire du pays : 66% des dirigeants en meunerie sont âgés de plus de 50 ans, ouvrant la voie à une mutation profonde du paysage de la filière dans les dix ans à venir.
La meunerie familiale indépendante, mieux armée pour résister ?
Pour Jean-François Loiseau, l'aide des pouvoirs publics sera nécessaire : "Les entreprises françaises doivent pouvoir renouveler leur matériel en réalisant des investissements de rupture avec le soutien de l’Etat", défend-t-il. A la tête de la coopérative céréalière Axéréal, qui inclut les activités d'Axiane Meunerie, l'homme est pleinement au fait des difficultés que peuvent rencontrer les meuniers... à plus forte raison lorsque ces derniers ont atteint une taille conséquente, qui rend leur fonctionnement aussi complexe que coûteux. Parmi les près de 400 entreprises que compte le secteur en France, ce sont en définitive des acteurs familiaux, régionaux ou multi-régionaux, qui sont parvenus à préserver leur rentabilité et à continuer les investissements grâce à une ferme volonté de conquête. Minoterie Girardeau, Moulins Bourgeois, Nicot Meunerie, Minoterie Bourseau... autant d'acteurs aussi agiles que dynamiques sur le plan commercial, disposant désormais de solides outils de production. Certains acteurs locaux de plus petite taille sont eux aussi parvenus à se distinguer dans un contexte morose. Une preuve supplémentaire que la cohérence, l'engagement et la clarté font la différence... du grain au pain, en passant par la farine.