[Spécial RSE] Les élus doivent encore s’en emparer
Cinq ans après leur premier rapport sur la logistique urbaine durable, Anne-Marie Idrac et Anne-Marie Jean ont remis, en février, un nouveau rapport sur le sujet au gouvernement. L’occasion de faire le point sur ce qu’il reste à faire. (Article à retrouver dans le numéro de Zepros Distributeurs RHD 24 consultable et téléchargeable à partir de ce lien) https://resto.zepros.fr/journaux/distributeurs-rhd/numeros/distributeurs-rhd-24
Le nouveau rapport co-rédigé par Anne-Marie Idrac et Anne-Marie Jean n’occupait pas le dessus de la pile lors du Comité interministériel de la logistique (Cilog), le 31 mars à Paris. La logistique urbaine durable, sujet de leur rapport, avait cédé la place à celle du Détroit d’Ormuz dans les priorités ! Saluant néanmoins leur travail, Philippe Tabarot, ministre des Transports, remercie « le rapport des deux Anne-Marie » qui lui a été remis, ainsi que Serge Papin, mi- nistre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, début février. Il s’engage également au maintien du financement des Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) après 2026, ainsi qu’à la poursuite d’un programme d’accompagnement des collectivités (type InTerLUD +) ; deux annonces très attendues. Mais le ministre ne s’engage sur aucun montant. Anne-Marie Jean, déjà autrice avec Anne-Marie Idrac et Jean-Jacques Bolzan d’un premier rapport sur la logistique urbaine en 2021, à l’origine de nombreux chantiers depuis, estime que 60 M€ seraient nécessaires pour poursuivre l’œuvre entamée depuis cinq ans. Si l’actualité internationale explique le passage de la logistique urbaine franco-française au second plan du Cilog, l’épisode confirme qu’elle doit toujours se faire entendre. « La logistique urbaine durable est mal appréhendée en France. On la considère encore souvent du ressort des seuls acteurs privés », constate Anne-Marie Jean. Si des progrès ont été accomplis, les maturités logistiques sont encore « très hétérogènes d’une collectivité à l’autre » Certains élus et techniciens s’en emparent, d’autres pas. D’où la recommandation du rapport de désigner un élu référent sur la logistique urbaine avec des moyens dans chaque EPCI.
Penser la logistique avec la ville
Le rapport formule aussi des recommandations pour la décarbonation du transport de marchandises. Comme l’attribution des commandes publiques aux acteurs exemplaires ou l’attribution « d’avantage concurrentiel aux acteurs décarbonés » (exemple : l’autorisation d’accès accordée aux véhicules électriques et aux cyclologisticiens dans les secteurs des villes et aux horaires durant lesquels les véhicules thermiques sont interdits). La politique nationale a bien sûr aussi un rôle à jouer. « Il ne faut pas détricoter les ZFE car les acteurs économiques n’achèteront tous des camions électriques et les constructeurs n’en fabriqueront tous qu’à condition d’avoir une visibilité sur la ligne politique », s’alarme Anne-Marie Jean. C’est mal parti ! Après les votes de l’Assemblée nationale le 14 avril et du Sénat, le Parlement a entériné une loi de simplification dont un amendement stipule la suppression des ZFE en France. Pour finir, le rapport souligne le besoin de progresser dans la connaissance des flux logistiques, d’autant que les acteurs économiques ont les données et seraient prêts à coopérer avec la puissance publique, et d’encourager les solutions innovantes. Un problème se pose en particulier : celui du foncier où installer des activités logistiques. Au cœur des villes, il est rare et cher. Deux solutions s’offrent. L’une pratique : reconvertir certains équipements tels les parkings souterrains en voie de désaffection en hubs logistiques ; l’autre stratégique : intégrer désormais la logistique comme une fonction de la ville dès sa planification, au même titre que l’habitat, la mobilité ou les commerces.
Principales recommandations du rapport « Mission logistique urbaine durable 2025 »
Gouvernance
• Désigner un élu référent en charge de la logistique urbaine durable (LUD) dans chaque EPCI avec des ressources affectées
• Structurer la gouvernance à l’échelle nationale à travers un conseil national de la LUD
Connaissance et standardisation des données
• Créer une plateforme nationale de la LUD avec l’ensemble des connaissances et des outils
• Accélérer le déploiement de DiaLog (digitalisation des arrêtés de circulation) ; digitaliser et harmoniser les arrêtés de circulation à l’échelle
d’un bassin de vie
• Construire un cadre renouvelé d’observations et d’indicateurs pour le pilotage de la LUD
Foncier logistique
• Intégrer davantage la logistique dans la planifi cation urbaine
• Faciliter l’implantation de nouveaux types de foncier logistique
Déploiement opérationnel
• Expérimenter les « zones marchandises » de stationnement
• Mobiliser la commande publique pour la LUD
• Offrir un avantage concurrentiel aux acteurs décarbonés
• Garantir la poursuite des financements CEE et des programmes d’accompagnement (InTerLUD+)