[Spécial RSE] J.Milliet convaincu par un usage raisonné de la cyclologistique

, mis à jour le 28/05/2026 à 13h00
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vélo cargo noir arrêté dans une rue. Logo bleu avec éléphant rose sur la caisse.

À l’heure où les acteurs économiques peuvent découvrir la cyclologistique en testant gratuitement des matériels, le distributeur de boissons francilien J.Milliet a, lui, eu le temps de roder son modèle en bientôt cinq années de pratique. (Article à retrouver dans le numéro de Zepros Distributeurs RHD 24 consultable et téléchargeable à partir de ce lien)
https://resto.zepros.fr/journaux/distributeurs-rhd/numeros/distributeurs-rhd-24

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Depuis la fin février, les entreprises assurant du transport de marchandises peuvent se faire prêter gratuitement du matériel de cyclologistique pendant un mois. Histoire de tester la solution. L’action s’inscrit dans le cadre du programme CEE Cyclo-cargologie (2023-2026) dont l’objectif est de promouvoir cette alternative logistique verte en France. « La plupart des entreprises qui viennent nous voir pour ce test sous-traitent déjà une partie de leurs flux à des opérateurs de cyclologistique, mais n’ont pas encore franchi le pas de l’internalisation », constate Margherita Alessandrini, la directrice du programme Cyclo-cargologie et directrice déléguée des Boîtes à Vélo France, l’association qui encourage l’entrepreneuriat à vélo en France et porte la Fédération professionnelle de cyclologistique. Selon Margherita Alessandrini, les trois secteurs les plus porteurs pour la cyclologistique aujourd’hui sont la collecte des déchets, la distribution de colis et celle de produits alimentaires (frais, surgelés et souvent boissons). Plusieurs grossistes en boissons ont inclus la cyclo dans leur schéma logistique, souvent pour desservir des zones urbaines denses et contraintes (ZTL, quartiers piétonnisés…). C’est le cas des Cafés Richard (Zepros Distributeurs n° 19) et de son confrère, l’adhérent Distriboissons, J.Milliet. Depuis 2021, quatre jours par semaine, « de 10 à 15 % de nos clients sont livrés en cyclologistique », soit 1 723 points de livraison différents dans Paris et 41 communes de la petite couronne sur l’année 2025, confirme Sidonie Duloum, la directrice générale du Groupe Milliet. Le dispositif et son équilibre économique sont calés. L’objectif est de retirer les petites livraisons (moins de 200 kg), des réassorts souvent, chronophages et stressantes - il faut circuler et trouver à se stationner - aux chauffeurs-livreurs de la flotte Milliet pour les confier à Diligo, l’opérateur de cyclologistique avec lequel travaille le distributeur depuis l’origine. Cet écrêtage est nécessaire car il évite l’allongement des tournées au-delà de la quinzaine de stops acceptables pour la journée d’un chauffeur-livreur. « Avec la cyclo, notre ambition était aussi de mettre moins de camions sur la route », complète Sidonie Duloum. Objectif atteint ! En 2025, 63 clients en moyenne ont été livrés chaque jour grâce à la cyclo, soit au minimum 2 poids lourds et un VUL de moins dans les rues de Paris et de son agglomération.

Commencer par saturer les camions 
La dirigeante est convaincue par la solution. « Je crois à la cyclologistique à 200 % pour les grossistes. Elle permet de livrer en un temps record dans Paris où nos camions passent souvent plus de temps dans la circulation ou à chercher une place qu’à livrer. » Des propos confirmés par Margherita Alessandrini. « Opérationnellement, les vélos-cargos sont efficaces : ils ont accès aux pistes cyclables, aux zones à trafic limité et aux zones piétonnes ; ils ont également le droit de stationner sur le trottoir devant chez un client pendant une livraison, tant qu’ils ne gênent pas le passage. » Reste la question de l’efficacité économique. Dans l’organisation du Groupe Milliet, la cyclologistique est rentable assure Sidonie Duloum tant qu’elle vient en appui des camions et pas en solution principale. « Notre calcul est d’abord de saturer nos camions et ensuite d’aff ecter les volumes excédentaires à la cyclo. Jusqu’à 10 ou 15 % de nos flux, c’est rentable. Au-delà, on n’est plus à l’équilibre. » Mais si elle en avait les moyens, la dirigeante avoue qu’elle irait plus loin sur le terrain de la cyclo… en créant sa propre flotte. Problème : ce schéma qui impose de créer un hub exige de disposer de foncier en centre-ville, une denrée rare et chère dans les métropoles et en particulier à Paris où exercent 40 des 200 opérateurs de cyclologistique répertoriés en France.

« Ce guide est le signe de la maturité du métier car on en vient à se poser la question de sa rentabilité », Jérôme Rouge, président de la Fabrique de la Logistique.

Le 12 mars, votre association, qui aide à la décision sur les sujets de la logistique, a présenté à Paris sa dernière étude « Réussir en cyclologistique. » Quel est l’angle de cette étude ? 
C’est plus un livre blanc voire un guide pratique à l’usage des opérateurs qu’une simple étude. Car nous sommes attentifs à la fragilité économique des 200 entreprises de cyclologistique actives en France aujourd’hui. Leurs patrons sont tous des passionnés de vélo, convaincus de l’utilité environnementale de la cyclo et de son efficacité logistique en ville, mais ils ne sont pas tous de formidables commerciaux ou de supergestionnaires. La preuve : sur les 33 opérateurs interviewés pour l’écriture de ce livre blanc, 2 ont déjà disparu. Ils avaient donc besoin d’un guide construit dans une perspective managériale, comme un outil d’évaluation. 
Que trouve-t-on concrètement dans ce livre blanc ? 
L’enquête et l’écriture dont nous avons confié la réalisation au Cret-Log (1), en partenariat avec Les Boîtes à Vélo (2), comprennent deux parties. La première présente la diversité des business models existants en cyclologistique ; elle doit permettre aux opérateurs de se situer sur ce marché. La seconde partie leur propose un guide de diagnostic présentant pour 6 domaines de la gestion (écosystème, stratégique, commerciale, logistique, ressources humaines et management, économique et financière) les questions-clés à se poser et des exemples de bonnes pratiques pour y répondre. Ce guide est le signe de la maturité du métier car on en vient à se poser la question de sa rentabilité et des moyens d’y parvenir. Et le fait est que l’on a aujourd’hui suffisamment de retours d’expériences à partager. Plusieurs exemples d’entreprises éclairants sont d’ailleurs détaillés dans la première partie. 
À quoi sert la Fabrique de la Logistique ? 
La Fabrique de la Logistique a été créée par l’Ademe en 2019 et a pris son autonomie deux ans et demi plus tard. Nous sommes un lieu d’innovation environnementale et technologique au service des acteurs de la logistique, destiné à produire des travaux communs comme ce guide. Nous avons 6 groupes de travail : cyclologistique, logistique des chantiers, verdissement des flottes, report modal, digitalisation et territoires et pilotons le programme Marguerite à destination des artisans et des commerçants. 
(1) Centre de recherche sur le transport et la logistique ; laboratoire de recherche de l’université d’Aix-Marseille. 
(2) Association qui soutient l’entrepreneuriat à vélo et porte la Fédération professionnelle de cyclologistique.

CHIFFRES-CLÉS 
La cyclologistique dans le transport de marchandises dans la France des villes (chiffres 2023) 
• De 3 à 4 % : part de la cyclologistique dans la logistique urbaine 
• 200 : nombre d’opérateurs de cyclologistique (hors plateformes ubérisées) dans 74 villes dont 67 % de TPE et 30 % de PME 
• 68 % : part de ces opérateurs proposant exclusivement de la cyclologistique 
• 2 500 : nombre de salariés équivalents temps plein employés par les 200 opérateurs 
• 85 M€ : chiffre d’affaires réalisé par les 200 opérateurs 
• 33 000 : nombre de vélos-cargos vendus en France (chiffres 2022) dont la moitié à des professionnels 
Source : Les Boites à Vélo France/Fédération professionnelle de cyclologistique.

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