, mis à jour le 27/08/2026 à 08h31

[Top 100] « Le grossiste alimentaire a toujours été un partenaire, pas seulement un fournisseur »

Jacques Déronzier
Président
Les Grossistes Alimentaires de France
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JACQUES DERONZIER _ LES GAF

Article publié dans le numéro Zepros Distributeurs RHD 25 - Spécial Top 100 - Edition 2026. Propos recueillis le 25 juin.

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21,3 Md€ de chiffre d’affaires, 2 480 entreprises multiproduits et multitempérature, 5 000 entrepôts, 26 000 véhicules (de 3,5 à 19 t) et plus de 60 000 salariés : le grossiste alimentaire est un acteur économique important et pourtant quasi invisible dans le débat public. Comment expliquez-vous cela et comment comptez-vous le faire voler en éclats ?
Jacques Déronzier

Ces chiffres proviennent d’une étude conduite en 2025 par Xerfi pour la fédération Les Grossistes Alimentaires de France. C’est un poids comparable à celui de nombreuses industries régulièrement mises en avant dans le débat public. Cette invisibilité est paradoxale, mais elle s’explique assez clairement. Le grossiste alimentaire est un acteur de l’ombre par construction : il opère en B2B, ne s’adresse pas directement au consommateur final et ne dispose pas de visibilité dans les points de vente. Il est le maillon qui rend possible l’ensemble de la chaîne alimentaire et c’est précisément parce qu’il fonctionne efficacement qu’il est rarement identifié comme tel.

Mais cette invisibilité n’est pas neutre. Elle a des conséquences concrètes : des politiques publiques souvent conçues sans prise en compte de nos réalités économiques (par exemple, nous n’avons pas eu d’aides à la hausse des prix du gasoil), et une sous-estimation ou minimisation du rôle que nous jouons dans la structuration des filières agricoles et alimentaires.
Mon rôle, en tant que président de la fédération Les Grossistes Alimentaires de France, est précisément d’y mettre fin : faire reconnaître ce secteur pour ce qu’il est déjà, un acteur économique structurant, indispensable au fonctionnement de l’ensemble de la chaîne alimentaire.
 

Le grossiste alimentaire généraliste est au croisement de l’amont agricole, de l’industrie agroalimentaire et de tous les professionnels de la consommation hors domicile. En quoi ce positionnement en fait-il un acteur stratégique de la souveraineté alimentaire française – bien au-delà du rôle réducteur de distributeur ?
Jacques Déronzier

Le grossiste alimentaire, c’est la colonne vertébrale silencieuse de l’approvisionnement professionnel. Sans lui, un producteur breton ne peut pas accéder à un restaurateur niçois. Sans lui, une PME agroalimentaire du Massif central ne trouve pas de débouchés dans la restauration collective. Nous sommes l’interface qui source, sécurise les flux, gère la rupture de charge, absorbe les aléas climatiques, logistiques et financiers ! La souveraineté alimentaire ne se décrète pas depuis Paris ! Elle se construit dans les entrepôts de nos adhérents, 365 jours par an, à 2 h du matin. Ignorer ce maillon dans les politiques agricoles, c’est construire une stratégie alimentaire sur du sable.

Vos adhérents approvisionnent donc chaque jour des restaurants, des cantines, des hôpitaux, des boulangeries, des hôtels, du snacking… Pourquoi parle-t-on encore de « restauration » quand on évoque votre secteur, alors que vous portez toute la consommation hors domicile dans son ensemble ?
Jacques Déronzier

Parce que le débat public a un train de retard - et c’est précisément l’un des combats de notre fédération Les Grossistes Alimentaires de France. La restauration traditionnelle à table est une partie de la réalité, mais pas la totalité. Nos adhérents livrent aussi les boulangers-pâtissiers, les traiteurs, les restaurants d’entreprise, les hôpitaux, les armées, les stades, les commerces spécialisés, les professionnels des marchés de plein vent et tout ce qu’on appelle les circuits de vente alternatifs. Bref, plus globalement la consommation hors domicile (CHD) qui représente un marché de 120 Md€ en France (source Food service Vision 2026), c’est le deuxième mode de consommation alimentaire des Français après la grande distribution. Réduire la CHD au mot « restauration », c’est passer à côté de la moitié du marché.
 

La pression réglementaire s’accumule – REP emballages, Egalim, PPWR, décarbonation… Quelle est la réalité de ce choc administratif pour les grossistes alimentaires, et quelle est la position de la fédération Les Grossistes Alimentaires de France ?
Jacques Déronzier

La réalité, c’est un choc de conformités qui menace directement la viabilité des entreprises de taille moyenne. On parle de 80 000 à 150 000 € de charges réglementaires annuelles supplémentaires pour ces entreprises et ce chiffre croît chaque année. Concernant la REP emballages professionnels, les règles arrivent, mais trop tard ! Ce calendrier est tout simplement inapplicable. Les lois Egalim génèrent des obligations dont l’architecture a été conçue pour la grande distribution, pas pour nos modèles. La position de la fédération Les Grossistes Alimentaires de France est claire : non à la surtransposition aveugle d’obligations déclaratives qui ignore la réalité opérationnelle des grossistes alimentaires.
 

Les restaurateurs et professionnels de la CHD font face à des mutations profondes : inflation, pénurie de personnel, nouveaux modes de consommation. Comment les grossistes alimentaires s’adaptent-ils pour rester des partenaires incontournables de leurs clients ?
Jacques Déronzier

Le grossiste alimentaire a toujours été un partenaire, pas seulement un fournisseur. Et cette relation se renforce. Aujourd’hui, nos adhérents ne livrent plus seulement des produits – ils accompagnent leurs clients sur la gestion de leur sourcing, de leurs coûts, de la traçabilité, de la valorisation de l’origine France, de la réduction du gaspillage. Certains développent des outils digitaux de commandes et de prévisions qui permettent aux restaurateurs de gérer leurs stocks en temps réel. D’autres constituent des offres « origine régionale garantie » qui répondent aux attentes des convives et aux exigences d’Egalim. La mutation du client qui consomme en hors domicile accélère la transformation des grossistes alimentaires et ceux qui l’ont compris prennent une longueur d’avance considérable.

Directeur des rédactions du Pôle Restauration de Zepros, rédacteur en chef de Zepros Resto, rédacteur en chef de Zepros Distributeurs RHD. Actus Métiers, Fournisseurs Boissons, France des chefs…
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