[Tribune] « Contrôle sanitaire : tout se joue dans les huit jours qui suivent.. et presque personne n'y est préparé », par Olivier Aubrun

, mis à jour le 23/09/2026 à 22h11
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Olivier Aubrun, dirigeant d'OAFormation, organisme lyonnais autorisé par la DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes, signait fin août une tribune sur les trois réformes de la formation hygiène alimentaire. Il revient cette fois sur l'angle mort suivant : ce qui se passe après le contrôle. Mise en demeure, fermeture administrative, note Alim'confiance sur le terrain... la plupart des exploitants découvrent les règles du jeu au pire moment. Retour d'expériences, procédures à l'appui.

 

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Avec la police sanitaire unique et ses quelque 100 000 contrôles annuels en remise directe, la question n'est plus « serai-je contrôlé ? » mais « que ferai-je le lendemain ? ». J'accompagne des exploitants lyonnais dans cette situation chaque mois. Le constat est toujours le même : ce n'est presque jamais la gravité des constats qui décide de la suite. C'est la qualité et la vitesse de la réponse.

1. La mise en demeure n'est pas une punition. C'est un délai.

Premier réflexe erroné des exploitants : vivre la mise en demeure comme une condamnation, la ranger dans un tiroir et « faire le ménage ». Erreur de lecture complète. Une mise en demeure est un document administratif qui liste des non-conformités, fixe un délai, et attend une réponse structurée.

Ce que l'administration veut voir, ce n'est pas un établissement qui s'excuse. C'est un établissement qui pilote : un plan d'actions daté, point par point, avec pour chaque constat la mesure corrective, le responsable, l'échéance et la preuve (facture du prestataire de dératisation, attestation de formation de l'équipe, relevés de températures remis en route, plan de nettoyage affiché et signé). Un courrier d'observations envoyé dans les délais, appuyé sur des preuves, change la trajectoire du dossier. Le silence, lui, prépare la réinspection dans les pires conditions.

2. La fermeture administrative : la réouverture se gagne comme un dossier, pas comme une faveur

Quand les constats présentent un danger pour le consommateur, le préfet peut ordonner la fermeture de l'établissement sur le fondement de l'article L. 233-1 du Code rural. Là encore, idée reçue tenace : « on nettoie et on rouvre ». Non. La levée de la mesure suppose de démontrer que les causes ont disparu — et cette démonstration se construit.

Concrètement, un dossier de réouverture solide comprend : la remise en conformité matérielle documentée (photos avant/après, factures), un plan de maîtrise sanitaire réellement adapté à l'activité — pas un classeur générique acheté en ligne —, la formation de l'équipe attestée par un organisme autorisé, et souvent des analyses microbiologiques de surfaces réalisées par un laboratoire. Chaque jour de fermeture coûte le chiffre d'affaires du jour, plus la trésorerie, plus la réputation. Les exploitants qui rouvrent vite sont ceux qui traitent la réouverture comme un dossier à instruire, pas comme une attente.

3. Alim'confiance : la sanction que vos clients lisent avant vous

Dernier étage, le plus sous-estimé : la publicité des résultats. Les conclusions des contrôles sont publiées sur Alim'confiance, en quatre niveaux, de « très satisfaisant » à « à corriger de manière urgente ». Cette note est publique, géolocalisée, consultable par n'importe quel client, et elle reste affichée un an.

Un « à améliorer » ne ferme pas l'établissement, mais il travaille contre lui en silence, chaque jour. À l'inverse, une réinspection favorable après remise en conformité remplace la note. Autrement dit : la sortie de crise a une date de péremption courte, et bien menée, elle s'efface. C'est un argument que je répète aux exploitants découragés : le système est exigeant, mais il n'est pas rancunier.

Ce qu'il faut retenir…

Trois réflexes, dans l'ordre. Un : répondre à toute mise en demeure dans les délais, par écrit, avec un plan d'actions daté et des preuves. Deux : traiter la formation de l'équipe et le PMS non comme des cases à cocher, mais comme les deux pièces maîtresses du dossier de réinspection. Trois : viser la réinspection favorable, parce qu'elle remplace la note publique. Le contrôle sanitaire n'est plus un événement rare ; la capacité à y répondre est devenue une compétence de gestion à part entière, au même titre que le coût matière ou les plannings.

Références réglementaires

Article L. 233-1 du Code rural et de la pêche maritime (mesures et fermeture d'établissement)
Article L. 233-4 du Code rural et de la pêche maritime (formation spécifique en hygiène alimentaire)
Règlement (CE) n° 852/2004 relatif à l'hygiène des denrées alimentaires (obligation de procédures fondées sur les principes HACCP)
Dispositif Alim'confiance de publication des résultats des contrôles officiels (ministère de l'Agriculture)
Réforme de la police sanitaire unique, effective au 1er janvier 2024 (DGAL)

L'auteur

Olivier Aubrun dirige OAFormation, organisme lyonnais autorisé par la DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes, et accompagne les exploitants CHR avant et après les contrôles sanitaires. Il a publié un guide complet de la fermeture administrative en restauration (oaformation.com/fermeture-administrative-restaurant-guide-complet/) et détaille sa méthode de remise en conformité après contrôle DDPP sur oaformation.com/remise-en-conformite-apres-controle-ddpp-lyon/.

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