[Tribune] « Et si les cafés, les hôtels et les restaurants devenaient les nouveaux refuges contre la canicule ? »
La société est déjà en train d'inventer son réseau de points de fraîcheur. Notre profession a tous les atouts pour en devenir l'un des piliers essentiels. Par Franck Chaumès, président national Umih Restauration (Union des métiers de l’hôtellerie restauration), candidat à la présidence confédérale.
La France suffoque.
Et si le premier réseau de points de fraîcheur existait déjà, sans que nous en ayons pleinement conscience ? Nos cafés, nos hôtels et nos restaurants constituent un maillage unique sur l'ensemble du territoire. Face à la multiplication des épisodes de chaleur extrême, ils pourraient devenir l'un des principaux refuges des Français les plus exposés.
Les transports ralentissent. Les hôpitaux saturent. Les écoles ferment leurs portes. Les entreprises réorganisent leurs horaires. Chaque épisode de canicule met sous tension notre pays et révèle les fragilités de nos infrastructures.
Ce que nous vivons n'est plus une exception. C'est la France de demain qui se dessine sous nos yeux : une France plus vulnérable, qui devra apprendre à mieux protéger ses habitants.
L'hôtellerie-restauration est déjà confrontée à cette nouvelle réalité. Les terrasses se vident aux heures les plus chaudes, les habitudes de consommation évoluent, les réservations diminuent, les chiffres d'affaires reculent dans de nombreux établissements avec des baisses de 40 % à 60 % pour certains, tandis que les coûts d'exploitation explosent et que les conditions de travail deviennent plus difficiles avec des températures en cuisine entre 50 °C et 60 °C.
Notre profession paie déjà un lourd tribut au changement climatique. Mais chaque grande transformation crée aussi de nouveaux usages.
Une première évidence s'impose : la climatisation n'est plus un confort, elle devient un investissement stratégique. Encore faut-il donner aux professionnels les moyens d'engager cette adaptation dans une logique de performance énergétique et de sobriété.
Mais l'essentiel est ailleurs.
Depuis toujours, les hôtels, les cafés et les restaurants sont des lieux de vie, de rencontres et de lien social. Le changement climatique donne aujourd'hui une nouvelle dimension à cette vocation.
Demain, nos établissements pourront devenir des points de fraîcheur accessibles, répartis sur tout le territoire : des lieux où l'on viendra bien sûr déjeuner, dîner ou dormir, mais aussi travailler quelques heures, faire une pause ou simplement retrouver un peu de confort lorsque la chaleur rend son logement ou son bureau difficilement supportable.
Cette évolution est déjà en marche. Les collectivités ouvrent bibliothèques, médiathèques, mairies, musées, cinémas ou Ehpad aux habitants les plus exposés. À Bergerac, un Ehpad accueille gratuitement des personnes âgées vivant à domicile. À Paris, des élèves ont même été accueillis dans des locaux d'entreprises climatisés mais aussi dans un hôtel. Les Français eux-mêmes s'adaptent : certains réservent une chambre d'hôtel pour fuir leur logement surchauffé et les recherches d'hébergements climatisés ont explosé.
Autrement dit, les besoins existent déjà et la société est en train d'inventer son réseau de points de fraîcheur.
Pourquoi les cafés, les hôtels et les restaurants n'en seraient-ils pas l'un des piliers ?
Notre profession dispose d'un atout unique : un maillage de proximité exceptionnel, avec près de 35 000 cafés, 175 000 restaurants et 15 000 hôtels répartis sur l'ensemble du territoire.
Pourquoi ne pas exploiter pleinement un établissement entre le déjeuner et le dîner alors qu'il dispose d'une salle climatisée, de sanitaires et d'équipes formées à l'accueil ? Pourquoi ne pas y accueillir, pendant quelques heures, des personnes âgées isolées, des familles, des télétravailleurs, des touristes, ou des habitants à la recherche d’un peu de fraîcheur ?
Pour les établissements qui le souhaitent, cette capacité d’accueil pourrait être mise au service des mairies lors des épisodes de forte chaleur. Les services de secours les sollicitent déjà, notamment pour fournir des glaçons.
Pendant longtemps, nous avons pensé nos établissements autour de deux temps : le déjeuner et le dîner, l'arrivée et la nuitée. Demain, ils vivront tout au long de la journée. De nouveaux usages émergeront, de nouvelles clientèles aussi. Les professionnels qui sauront les anticiper renforceront durablement l'attractivité de leurs établissements.
La canicule révèle finalement une évolution beaucoup plus profonde : l'hospitalité ne consiste plus seulement à servir un repas ou à proposer une chambre. Elle consiste aussi à prendre soin des personnes et du territoire.
Les établissements de demain seront hybrides dans leurs fonctions, modulaires dans leur organisation et résilients face aux défis climatiques.
Au fond, ce n'est pas une nouvelle mission. C'est celle qui a toujours été au cœur de notre métier. Le changement climatique ne change pas la nature de l'hospitalité. Il en révèle toute la portée.
Faire des cafés, hôtels et restaurants les points de fraîcheur de demain, c'est répondre à une attente croissante de nos concitoyens, tout en préparant l'avenir économique de notre profession.
Ce réseau exceptionnel existe déjà, au cœur des villes comme des villages. Il peut devenir l'un des piliers de la résilience de notre pays. Donnons-lui les moyens de jouer pleinement ce rôle face aux défis climatiques qui nous attendent.