1er mai : le projet de loi permettant l'ouverture rate l'examen

, mis à jour le 23/01/2026 à 21h46
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Boulangerie fermée le 1er mai

Les boulangers demeurent dans le flou quant à leur capacité, ou non, d'ouvrir le jour de la fête du travail. A l'occasion de la niche parlementaire Les Républicains, ce 22 janvier, un texte devant permettre de clarifier la situation des artisans du pain devait être examiné. Seules deux résolutions ont été finalement adoptées au terme de débats houleux, ne permettant pas l'examen de la proposition consacrée au fameux jour férié.

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Pour les parlementaires de droite, ce 22 janvier a représenté une démonstration supplémentaire de la volonté d'obstruction des députés du camp adverse, faisant trainer les débats pour éviter l'adoption de textes auxquels les partis de gauche sont opposés. Les niches parlementaires devant se terminer à minuit, les stratagèmes se seraient donc multipliés : entre rappels au règlement et suspensions de séance, l'heure a tourné plus vite que les textes et résolutions. Le temps a donc manqué pour examiner une proposition, déjà adoptée au Sénat, visant à permettre l'ouverture des boulangers, fleuristes et autres professions, participant activement au maintien du lien social, dès le 1er mai prochain. Ce projet de modification de la règlementation faisait suite à la situation vécue en 2025 : à l'occasion de la Fête du travail, l'essentiel des boulangers avait renoncé à ouvrir ses portes, en raison du risque de sanctions. Un an plus tôt, des artisans vendéens avaient été verbalisés par l'Inspection du travail pour cette raison : la loi permet aux chefs d'entreprise de maintenir leur activité sur cette journée... sans salarié présent dans l'établissement. Jusqu'alors, une dérogation de Martine Aubry, désormais jugée obsolète, avait permis aux professionnels du goût de s'émanciper de cette contrainte. Une clarification juridique permettrait de lever toute incertitude.

Une profession largement favorable, des syndicats opposés

Lors d'un débat télévisé sur la chaine d'information en continu BFM TV, Paul Boivin, délégué général de la Fédération des Entrepreneurs de Boulangerie (FEB), avait rappelé les arguments de la filière : cette ouverture se ferait sur la base du volontariat des salariés, avec une rémunération doublée et sur un périmètre restreint de professions. Pas de quoi remettre en question le droit des travailleurs selon l'organisation représentative. Dominique Anract, à la tête de la Confédération Nationale de la Boulangerie-Pâtisserie Française (CNBPF), partage la même position, de même que de nombreux boulangers indépendants, pour qui la liberté d'ouverture est devenue fondamentale afin de garantir la pérennité de leurs entreprises. Une unanimité qui tranche avec les dissensions observées dans le cadre de l'évolution de la réglementation sur le repos hebdomadaire, où la CNBPF reste attachée à son maintien. Dans le cas présent, les deux organisations doivent faire face à la position inflexible des syndicats, pour qui cette libéralisation remettrait en cause des acquis obtenus de haute lutte. Pour Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, "le premier mai a une histoire, celle des conquêtes sociales". Il ne croit pas non plus à la notion de volontariat, du fait de lien de subordination existant entre les salariés et leurs patrons. 200 syndicalistes s'étaient par ailleurs rassemblés, ce 22 janvier, devant l'Assemblée Nationale pour témoigner de leur opposition au texte.

Vers une colère grandissante ?

Au lendemain de la niche parlementaire des Républicains, Paul Boivin n'a pas manqué d'exprimer sa colère sur le réseau social LinkedIn : "L’Assemblée Nationale avait hier soir, après la situation kafkaïenne vécue par les boulangers le 1er mai dernier, l’occasion de clarifier la situation. Elle ne l'a pas fait. [...] Les boulangers se souviendront de la représentation nationale incapable de voter un budget et incapable également de sécuriser ceux qui veulent travailler, grâce à des conditions claires et cadrées." Il en appelle aux "députés responsables" et "groupes parlementaires volontaires" pour agir au plus vite et offrir un cadre d'ouverture assaini aux boulangers. Cependant, il demeure désormais peu probable que le projet aboutisse pour une mise en application dès ce printemps... de quoi alimenter le ressentiment d'une filière toute entière. Du côté des élus de droite et centre-droit, à l'origine du projet non-étudié, l'objectif serait de pousser le gouvernement à inscrire le projet à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale très prochainement. Sans garantie de succès, puisque les services du premier ministre ne se sont pas encore positionnés sur le sujet.

Rémi Héluin, Rédacteur en chef du magazine Zepros Boul-Pat
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