Peut-on encore consommer du chocolat à Pâques ?
Si le chocolat demeure un produit de grande consommation, la hausse notable de ses tarifs a fait évoluer les habitudes des ménages, et engendré une importante destruction de demande. La période de Pâques a ainsi été fortement affectée, aussi bien pour les artisans que les industriels. Face au défi climatique, de nouvelles transformations se dessinent pour les années à venir, et émergent d'ores et déjà dans les esprits les plus créatifs.
"Le chocolat est devenu trop cher. Les Français disent stop et ils ont raison", avançait Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, sur l'antenne de la radio RTL le 2 avril. Pour le distributeur, les industriels auraient profité de l'envolée des cours mondiaux du cacao pour gonfler leurs marges. "Les plus gros fournisseurs sont allés trop loin en pensant que les Français pouvaient payer le chocolat qu’il aime", estime le dirigeant, dont le secteur tente de s'ériger en défenseur du pouvoir d'achat des consommateurs. Le constat repose sur l'évolution continue des prix depuis 2023 : selon les relevés réalisés par l'association UFC-Que choisir, les tarifs du chocolat ont augmenté de 4% cette année, après une hausse brutale de 14% en 2025 (succédant à une inflation de 9% en 2023 et de 5% en 2024 sur cette catégorie). En réaction, les consommateurs ont réduit leurs achats. Dominique Schelcher estime la contraction des volumes à 15% en grande distribution.
Artisans et industriels toujours dos à dos
De nombreux artisans pâtissiers et chocolatiers ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour défendre leur filière face à la concurrence des industriels. Ces derniers partagent une vision similaire à celle des distributeurs : le chocolat industriel est devenu trop cher, pour une qualité insuffisante. Le champion du monde Vincent Vallée, installé aux Sables d'Olonne (85), a partagé une photographie d'étiquette devenue virale : l'oeuf d'une grande marque se négociait à plus de 120 euros le kilogramme dans un magasin situé à proximité de son entreprise. "À ce prix-là, on est parfois au même niveau (voire plus cher) que des chocolats d’artisans… (moi-même, j’ai la moitié de ma gamme de Pâques qui est inférieure à ce prix au kilo)", précisait-il dans sa publication relayée sur Facebook et Instagram. Un constat amer pour cet artisan attaché à la sélection de ses matières premières. L'occasion pour lui de mettre en avant la différence en terme de composition entre les deux offres, avec un pourcentage de cacao très faible et l'utilisation de matières grasses végétales au sein des propositions industrielles. Malgré ces engagements, la baisse de consommation est également observable chez les artisans. "Chaque année, les quantités de chocolat que nous vendons à Pâques se réduisent", confirme Frédéric Comyn, à la tête de quatre boulangeries-pâtisseries à Paris et dans les Hauts-de-Seine (92). Selon certains chefs d'entreprise, ce sont plusieurs dizaines de pourcent de repli qui sont observables chaque année : auprès du journal La Nouvelle République, les époux Do Lago, installés à Vineuil (41), témoignaient d'une chute de 50% sur 20 ans de la consommation de chocolat à Pâques dans leur commerce. L'activité est de plus en plus dépendante de la météo et des vacances scolaires, avec des secteurs entiers désertifiés dès l'arrivée des beaux jours, ce qui impacte le commerce sur un week-end de trois jours.
Imaginer un futur sans cacao ?
Le risque d'une raréfaction massive du cacao induite par le dérèglement climatique est réel, ce qui provoquerait la chute d'une filière toute entière. Dans les pays producteurs, des milliers de familles seraient privées de leur revenu principal. Certains pensent dès à présent Pâques sans chocolat et mènent un travail de prospective visant à identifier des alternatives autant que des leviers de transformation des systèmes agricoles autant que des cultures culinaires. C'est le cas du collectif "Cuisiner le Futur", qui organise le 8 avril à Pantin (93) une exploration en trois dimensions dans un horizon où Pâques serait vécu sans le fameux or noir du pâtissier. Sur un terrain plus commercial, Team for the Planet, qui rassemble des entrepreneurs engagés au service de l'urgence climatique, a proposé une offre de Pâques mettant en avant des préparations (pâtes à tartiner, noisettes ou céréales enrobées) réalisées par Greenspot Technologies à base de féverole. Un moyen concret de sensibiliser le public à la nécessaire évolution des habitudes de consommation... tout en présentant de réelles questions quant au facteur humain, et de la responsabilité collective vis à vis des planteurs, lesquelles ne sont toujours pas répondues.