Carburant : les hausses brutales bousculent les tournées dans les campagnes
Dans les territoires reculés, où les commerces sont aussi rares que précieux, les habitants pourraient bientôt manquer de pain. Du fait du prix des carburants et de leur flambée sur fond de conflit en Iran, les tournées que réalisent de longue date les boulangers deviennent difficilement viables et rentables. La perspective d'une accalmie, ouverte par le cessez-le-feu de 15 jours décrété entre l'Iran et les Etats-Unis, apportent une bouffée d'oxygène bienvenue aux artisans.
Le carburant à plus de deux euros le litre signerait-il la mort d'un rituel bien ancré dans les territoires ? La question de la viabilité des fameuses "tournées" n'est pas nouvelle. Elle s'était déjà posée avec force pendant la crise énergétique observée entre 2022 et 2023, alors que les boulangers croulaient sous les charges. Dans l'Orne, Jean-Pierre Bavent et Mélissa Munoz tiennent à maintenir ce service qu'ils ont initié peu de temps après leur installation à Ménil-de-Briouze. Sous les caméras de la chaine M6, les artisans ont raconté pour l'émission 66 minutes du 12 avril un quotidien fait d'engagement et d'incertitudes. Pour se rendre dans les villes avoisinantes, le boulanger parcourt chaque jour près de 80 km avec sa camionnette... et doit parvenir à vendre des quantités de pain toujours plus importantes pour rentabiliser ces déplacements. Un défi quasi-impossible à relever compte tenu de la baisse tendancielle observée de la consommation de cet aliment. Après avoir tenté de reprendre plusieurs boutiques, notamment à la Ferté Macé, le couple a du se résoudre à placer fin mars son entreprise sous la protection du tribunal de commerce, au travers d'une procédure de redressement judiciaire.
Le sort tout aussi incertain des distributeurs de pain
Autre solution déployée par de nombreux artisans dans les localités où l'implantation d'une boutique ne serait plus viable, les distributeurs de pain engendrent eux aussi de coûteux déplacements pour réapprovisionner les équipements... alors même que les baguettes qu'ils contiennent sont des produits soumis à une forte pression sur les prix, avec des consommateurs disposant de repères psychologiques bien ancrés. Là encore, la pérennité du format se trouve questionnée par une crise telle que celle observée suite au conflit en Iran. A moyen et long terme, c'est la capacité même des entreprises artisanales de continuer à approvisionner de tels territoires qui se trouve questionnée. La problématique s'étend tout autant à leurs fournisseurs, à l'image des meuniers, pour lesquels la logistique représente une charge pesante pour des volumes souvent limités. La réouverture du détroit d'Ormuz, obtenue à la faveur du cessez-le-feu convenu entre l'Iran et les Etats-Unis, permet d'espérer une accalmie, au moins temporaire... avant une nouvelle crise ?