La boulangerie se prête au jeu du tourisme

, mis à jour le 04/01/2026 à 17h49
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La Maison Louvard (Paris 9è) a inventé le Crookie, devenu célèbre dans le monde entier.

Pour les touristes du monde entier, le patrimoine sucré français est une source intarissable d'intérêt. Un récent article du journal anglais The Telegraph décrit des individus prêts à voyager dans le seul et unique but de déguster des pâtisseries découvertes sur les réseaux sociaux... ce qui représente un vaste potentiel pour l'ensemble de la filière, pour peu que les professionnels adoptent et maîtrisent les codes de l'époque.

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Des individus venant des quatre coins du monde, parlant une large diversité de langues, tous rassemblés devant une seule et même boutique. Cette scène est devenue habituelle avenue de l'Opéra, là où s'est implanté le pâtissier-star Cédric Grolet. Dans la queue, parfois interminable ("plus longue que celle des musées", n'hésite pas à décrire le journal anglais), différentes langues se côtoient sans vraiment se rencontrer : chacun reste centré dans sa bulle, prêt à dégainer son téléphone portable pour réaliser selfies et autres clichés de dégustation. 

Un phénomène très parisien

Avec près de 1 360 boulangeries concentrées sur son territoire, ce qui permet d'être à moins de cinq minutes d'une gourmandise sucrée ou salée peu importe le lieu, Paris est le lieu idéal pour s'adonner à ce type de tourisme pour le moins inhabituel. Les guides spécialisés dans la conception de tours thématiques au sein de la capitale ont constaté une nette évolution des habitudes ces dernières années, avec une tendance à délaisser les visites historiques pour les visites gastronomiques. Les réseaux sociaux occupent une place centrale dans l'accélération du phénomène : qu'il s'agisse d'Instagram ou de TikTok, les plateformes regorgent de contenus mettant en valeur les créations des pâtissiers et boulangers européens, ce qui renforce l'attrait pour les étrangers. Des artisans ont bénéficié à plein de cette notoriété, à l'image de Stéphane Louvard. Ce boulanger-restaurateur, implanté dans le 9è arrondissement parisien, a imaginé ce qui deviendra un phénomène viral : le crookie. Cet hybride entre croissant et cookie lui a permis de doubler son activité en à peine un an, générant l'embauche de huit collaborateurs. L'élément déclencheur de cette vague durable : une vidéo de dégustation du produit publiée par l'influenceur Johan Papz, suivi par près de 1,2 millions d'abonnés sur Instagram. 

Des codes vecteurs d'uniformité ?

Parmi les produits les plus appréciés, la viennoiserie et le pain au levain deviennent les marqueurs d'un établissement de qualité. Ils ne doivent pas uniquement être bons mais également beaux : l'aspect visuel est devenu un élément majeur. Ces gammes suivent des tendances prescrites par des acteurs anglo-saxons, dont l'influence est toujours plus prégnante, à l'image des australiens, particulièrement en pointe sur le sujet de la viennoiserie : plus qu'un simple croissant, ils proposent des innovations, comme le font désormais de nombreux artisans français. Cette quête effrénée des tendances et de la visibilité pourrait cependant avoir des effets de bord, avec le développement d'une uniformité largement indésirable. Bonne nouvelle cependant, les touristes recherchent également des marqueurs historiques de la boulangerie à la française, à l'image de la fameuse baguette. Pour trouver les meilleurs spécimens, les réseaux sociaux ne seront pas toujours leurs meilleurs alliés. Il faudra, cette fois, compter sur l'expérience des locaux pour trouver les adresses les plus qualitatives... parfois bien loin de la folie médiatique.

Rémi Héluin, Rédacteur en chef du magazine Zepros Boul-Pat
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