Cadmium : L'Anses appelle à limiter la consommation de pain

, mis à jour le 28/03/2026 à 21h01
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Blé et pains

Consommer de façon régulière des produits à base de céréales, donc du pain, serait une habitude à risque. Il s'agit d'une des conclusions du récent rapport de l'Anses au sujet de l'exposition de la population française au cadmium. Ce métal lourd, présent dans les sols du fait de l'utilisation d'engrais fertilisants, pourrait jouer un rôle majeur dans le développement des cancers et autres maladies chroniques.

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C'est un poison inodore et invisible qui s'est invité dans nos assiettes. Le cadmium fait l'objet d'alertes régulières de la part de la communauté scientifique depuis une dizaine d'années, sans que cela ne provoque jusqu'alors de réaction massive. Cette fois, c'est l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) qui prend la parole pour aborder le sujet, en mettant en lumière des données et constats critiques. La contamination aurait continué de progresser au sein de la population française, si l'on en croît les données de l'étude nationale de biosurveillance (ESTEBAN), publiée par Santé publique France en 2021. Ce métal lourd s'accumulant progressivement dans l'organisme, une part croissante de Français dépasse les valeurs de référence fixées par l'organisation gouvernementale... avec à la clé des affections aussi lourdes que variées : atteinte rénale, fragilité osseuse, effets sur l'appareil respiratoire, troubles de la reproduction, cancers... Aux yeux de Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise à l’Anses, l'urgence est réelle : "Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population."

Les engrais phosphatés dans le viseur, la boulangerie en victime collatérale

L'alimentation représente ainsi la principale source d'exposition au produit, avec des catégories particulièrement touchées : céréales du petit-déjeuner, pains et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes... la filière boulangerie-pâtisserie est directement touchée par ce scandale sanitaire, puisque ses références phare font désormais l'objet d'une recommandation claire de la part de l'Anses : les consommateurs devraient "limiter la consommation de produits à base de blé sucrés et salés, tels que les céréales du petit-déjeuner, gâteaux, biscuits", en les remplaçant notamment par des légumineuses. La source de cette contamination massive n'est pourtant pas de la responsabilité directe des professionnels de la gourmandise. L'utilisation massive d'engrais phosphatés pour la culture des céréales est la principale cause de contamination. Certaines origines de fertilisants seraient ainsi particulièrement problématiques (notamment les produits importés d'Afrique du Nord, et plus précisément du Maroc, dont les ressources minières sont colossales mais avec des roches très riches en cadmium), ce marché étant désormais largement mondialisé. Pour l'heure, aucune valeur limite d'apport en cadmium n'a été fixée pour cette catégorie de produit, de même que les étiquetages n'apportent aux agriculteurs pas d'informations sur le sujet. L'Anses appelle donc à une évolution rapide de la réglementation afin de limiter la progression des contaminations. Des recommandations avaient déjà été proposées en 2019, avec un flux d’apport maximum de 2 g de cadmium par hectare et par an. Pour les défenseurs de l'Agriculture Biologique, le sujet s'avère particulièrement délicat : alors même qu'ils pourraient être tentés de mettre en avant le caractère vertueux du mode de culture, les engrais autorisés par le cahier des charges peuvent contenir du cadmium... ce qui implique un risque de contamination réel pour les produits labellisés.

Le secteur agro-alimentaire dénonce une stigmatisation

Pour les représentants du secteur agro-alimentaire, une telle mise en cause est aussi violente qu'injustifiée. Le rapport de l'Anses a été repris dans les colonnes du journal Libération, qui lui a dédié sa couverture le 26 mars dernier, avec un titre évocateur : "Contamination, vous reprendrez bien un peu de cadmium ?". Un "cas d'école" aux yeux de Jean-François Loiseau, président de l'ANIA. Sur le réseau social LinkedIn, il a rappelé que sa filière travaillait aux côtés des chercheurs et investissait de façon considérable afin de progresser rapidement : "Présenter les entreprises agroalimentaires comme des empoisonneurs en puissance, c'est jeter l'opprobre sur une filière d’excellence qui fait de la sécurité alimentaire et de la qualité une priorité absolue. Les entreprises disposent de plans de surveillance et de contrôles rigoureux, qu'elles continueront de renforcer au fil des avancées de la recherche." Il rappelle que des études précédentes menées par l'Anses - EAT (Etudes de l'Alimentation Totale) 2 & 3 - ont permis d'observer une diminution des concentrations en cadmium dans les produits alimentaires. La baisse est de 47 % en moyenne. "La trajectoire est engagée", se réjouit le responsable de l'ANIA. Des progrès contrastés, puisque cette valeur continue de progresser dans certaines références à base de céréales... dont le pain. Le sujet n'a donc pas fini d'entretenir la défiance des consommateur vis à vis d'un produit pourtant incontournable dans leur quotidien.

Rémi Héluin, Rédacteur en chef du magazine Zepros Boul-Pat
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