En Côte d'Ivoire, la filière cacao s'enfonce dans la crise
Avec la récente baisse du prix bord-champ décidée par les autorités, la précarité des producteurs ivoiriens de cacao continue de s'accroître. Dans ce pays, qui demeure le premier acteur sur le marché mondial des fèves, le reflux des cours de la matière première met en péril le quotidien de dizaines de milliers d'individus.
1 200 francs CFA. C'est le nouveau prix d'achat fixé par les autorités ivoiriennes début mars, en réaction à la chute des cours mondiaux observée ces derniers mois. Cela représente une baisse de l'ordre de 60% par rapport au tarif proposé depuis la fin 2025, qui devait atteindre 2 800 francs CFA pour la principale campagne de commercialisation étendue entre 2025 et 2026. Cette évolution (annoncée à quelques jours des élections présidentielles, par Alassane Ouattara, alors candidat à sa réélection) avait été obtenue tardivement, alors même que le marché avait progressé dans d'importantes proportions : à l'inverse d'autres pays africains, les planteurs ivoiriens auront donc peiné à profiter des effets de l'envolée des cours. L'action du Conseil du café-cacao (CCC), qui pilote le système de régulation, est pointée du doigt : si elle permet de stabiliser les revenus des producteurs, par une compensation entre le prix du marché et la somme versée aux agriculteurs, son manque de réactivité laisse aujourd'hui des populations en situation de grande précarité.
Un néfaste effet d'aubaine
Dans l'intervalle où les prix d'achat élevés ont été en vigueur, ces derniers ont attiré des volumes de fèves issus de pays limitrophes, voulant profiter de la potentielle manne financière. Un phénomène particulièrement dangereux : dans un système régulé tel que celui de la Côte d'Ivoire, où les volumes sont achetés à l'avance, cet afflux d'offre a privé des producteurs ivoiriens de tout débouché. Certains acteurs ont tenté de brader le fruit de leur travail, avec des résultats parfois inexistants du fait du manque de fiabilité des acquéreurs. Courant février, le gouvernement brésilien avait annoncé suspendre ses importations de cacao ivoirien du fait de ce phénomène, aboutissant à la commercialisation d'une matière première aux conditions de production floues, en plus des doutes sur sa provenance réelle. L'ensemble de ces problématiques, conjuguées avec les effets marqués du dérèglement climatique et de pratiques de production intensives, laisse planer une aggravation de la situation sur le territoire du fait de l'incapacité des planteurs à entretenir leurs exploitations. Dès lors, le centre de gravité mondial du cacao pourrait se déplacer, au prix d'impacts humains et environnementaux importants.