Energie et engrais, deux sujets sous tension pour la filière blé-farine-pain suite au conflit iranien
Le détroit d'Ormuz est un point de passage clé du commerce mondial. Pour des matières premières indispensables à la filière blé-farine-pain, telles que les engrais, la fermeture de cet espace, liée à la situation observée en Iran, fait craindre des ruptures et une flambée des prix. Même problématique du côté de l'énergie, puisque les navires méthaniers sont contraints de modifier leurs itinéraires.
33% : c'est la part des engrais mondiaux transitant par le détroit d'Ormuz, selon de récentes données diffusées par Coface. Une part conséquente qui rappelle le fait que le conflit déclaré dans la région a des conséquences au sein même de nos territoires. Dès les premiers bombardements, les cours de l'urée - l'un des principaux fertilisants utilisés dans le monde agricole - ont fortement progressé. Ils sont passés de 464 dollars la tonne fin février à plus de 580 dollars pour la même quantité le 7 mars. Pour les producteurs de blé, cette nouvelle s'avère particulièrement problématique : cela induit une hausse mécanique de leurs coûts de production, qui est intenable alors que le prix de vente de leurs grains ne couvre que partiellement ces charges. De plus, la crainte de subir des pénuries est palpable, ce qui viendrait aggraver des situations déjà complexes. Sans engrais, les rendements seraient réduits, tout autant que le taux de protéines des blés, ce qui grèverait les revenus des agriculteurs de par leur incapacité à répondre aux attentes des transformateurs.
L'énergie sous tension
La situation du côté des carburants est au moins tout aussi explosive : la paralysie dans l'exportation du pétrole issu des pays du Golfe a fait flamber le cours du baril de pétrole, qui prend désormais le chemin des 100 dollars le baril. Les prix à la pompe dépassent les 2 euros le litre pour de nombreuses références, ce qui impacte la vie quotidienne de millions de Français, mais également celle des chefs d'entreprise dont la logistique fait partie intégrante de l'activité. Qu'il s'agisse de se déplacer ou de livrer des clients, la hausse brutale du prix des carburants est une mauvaise nouvelle, à même d'affecter la rentabilité de structure déjà fragilisées par des crises à répétition. La situation du côté du gaz inquiète tout autant. Les navires méthaniers subissent les mêmes difficultés que ceux dédiés à l'acheminement du pétrole : au global, 20% du trafic mondial en pétrole et en gaz naturel liquiéfié (GNL) transitent habituellement par le détroit d'Ormuz. Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne du prix du gaz, culmine désormais à plus de 52 dollars, contre 32 fin février. Non seulement cela pourrait impliquer des surcoûts pour les entreprises utilisant du gaz de façon directe (à l'image de certains boulangers pour leurs fours), mais également une progression du prix des matières premières : 80% du prix de l'ammoniaque, un composant essentiel des engrais azotés, est dépendant des tarifs du gaz. Ainsi, même les fertilisants fabriqués en Europe sont affectés par la situation géopolitique. La sécurisation du détroit, et donc la reprise des échanges, s'avère donc particulièrement stratégique pour les continents européen et asiatique, tous deux très dépendants de ces importations.