[Top 100] « L’excellence de notre logistique est le bouclier de notre modèle »
Article publié dans le numéro Zepros Distributeurs RHD 25 - Spécial Top 100 - Edition 2026. Entretien réalisé le 24 juin.
Pour faire simple : 2025 a été une bonne année pour le Marché de Rungis, ce qui est une vraie satisfaction. Si on regarde notre tableau de bord, les indicateurs sont positivement orientés : le Marché a enregistré plus de 6 millions d’entrées et généré 12,3 Md€ de chiffre d’affaires, soit une croissance de 2 %. Les fruits et légumes restent notre principal moteur, puisqu’ils représentent à eux seuls près de la moitié de cette activité. Le fromage est une catégorie qui se porte très bien également. Au-delà de ces chiffres, ce qui est encourageant, c’est la solidité de notre modèle. On traverse pourtant une période économique compliquée, où le pouvoir d’achat des Français est sérieusement bousculé. Malgré ce contexte, Rungis tient bon et continue de progresser là où d’autres circuits de distribution s’essoufflent.
Plus que jamais, l’excellence de notre logistique est le bouclier de notre modèle face aux incertitudes, géopolitiques ou encore économiques. Pour les professionnels comme pour les consommateurs, notre nom reste synonyme de qualité. Et la qualité ne triche pas : elle se mesure d’abord à la fraîcheur des produits ! Pour qu’une salade ou un poisson passe du producteur à l’assiette en un temps record, il faut une mécanique logistique particulièrement bien huilée. C’est ce savoir-faire de terrain et notre réactivité au quotidien qui nous permettent de réaliser ces bons chiffres.
Avant tout, il faut rappeler une évidence : ce sont nos grossistes qui, par définition, font ce travail d’adaptation permanente. Ce sont eux qui sont au contact direct du terrain et qui font évoluer leur offre pour coller aux réalités des chefs.
Aujourd’hui, les restaurateurs font face à de fortes tensions sur le personnel et les compétences en cuisine. Pour y répondre, nos grossistes proposent de plus en plus de services à forte valeur ajoutée : à titre d’exemples, on vend moins de carcasses entières ou de poissons bruts, et beaucoup plus de « pièces » ou de filetage prêts à l’emploi. À Rungis, notre rôle, c’est d’absorber la complexité logistique et technique pour que le chef puisse se concentrer sur son art en cuisine. L’adaptation passe aussi par le service. Nous développons une logistique sur mesure avec des horaires flexibles et du panachage de produits pour nous ajuster précisément aux rythmes des cuisines. De même, les produits proposés se diversifient encore et toujours, pour offrir un choix maximal, à l’image de ce que fait une maison comme Medelys avec son catalogue de marques très varié. Pour simplifier la vie des chefs, nous disposons aussi de Rungis Market, notre plateforme numérique. Elle digitalise totalement le processus d’achat et l’expérience client, permettant d’accéder au catalogue le plus large possible en quelques clics. Enfin, on ne devine pas les attentes, on les mesure. Nous menons régulièrement des études de terrain approfondies auprès du secteur CHR. Qu’il s’agisse d’analyser les nouveaux comportements d’achat, l’élasticité de la demande face aux horaires d’ouverture ou les grandes tendances culinaires, ces données nous permettent de garder toujours un temps d’avance.
Ces tensions sont profondément structurelles. Il ne s’agit pas d’une simple fatalité ou d’une météo économique que l’on doit subir passivement : c’est un véritable défi d’organisation collective. Ma conviction ne vient pas de théories abstraites étudiées depuis un bureau, elle s’appuie sur la réalité du terrain. À Rungis, nous faisons manger 18 millions de personnes chaque jour. Nous savons concrètement comment on remplit les assiettes. Le constat mondial est pourtant paradoxal : la planète produit largement assez pour nourrir 10 milliards d’humains, et pourtant les circuits sont aujourd’hui déréglés. Même en France, l’accès à une alimentation de qualité devient difficile pour beaucoup de familles. C’est pour cela que je défends une idée simple : manger sainement doit être un droit accessible à tous, une composante de notre pacte républicain.
Face à cela, la souveraineté alimentaire n’est pas un concept hors-sol, c’est avant tout une affaire d’organisation et d’efficacité logistique. Rungis joue le rôle de bouclier pour nos producteurs face au manque de transparence de certaines supercentrales d’achat basées à l’étranger. Le marché de gros offre une vraie clarté sur les prix et s’impose comme un rempart contre l’inflation injustifiée. C’est ce que nous démontrons par exemple à Toulouse depuis 2017, où le MIN garantit un prix juste à 300 producteurs locaux pour approvisionner 2 millions d’habitants. À l’échelle mondiale, le gaspillage reste le nœud du problème : par manque d’infrastructures de transport ou de froid, une part immense de la production agricole n’arrive jamais à destination. C’est pourquoi un marché de gros n’est pas un luxe, c’est une infrastructure de première nécessité pour un pays, au même titre qu’un hôpital. C’est le sens de notre engagement à Cotonou, au Bénin, où nous aidons à structurer une logistique publique pour que les récoltes ne soient plus perdues sur le bord des routes.
Enfin, moderniser la logistique ne suffit pas, il faut aussi accompagner les mentalités, dès le plus jeune âge. Apprendre à un enfant ce qu’est un produit de saison, c’est lui donner les clés de son autonomie et de son pouvoir d’achat pour l’avenir, car cuisiner des produits frais reste plus vertueux et souvent plus économique que de dépendre de plats ultratransformés. Je soutiens pleinement l’intégration de l’enseignement de l’alimentation à l’école. La cantine doit être un pilier de l’égalité réelle : quel que soit le budget des parents, chaque enfant a le droit de découvrir l’excellence de nos terroirs. La justice sociale commence par ce que l’on met dans la fourchette de nos enfants, et cela doit être une réalité partout en France.
Nous y sommes : le Pavillon de la souveraineté alimentaire est en passe de devenir une réalité opérationnelle sur le Marché de Rungis. Il devrait être inauguré avant la fin de l’année. Ce bâtiment de 2 200 m², moderne et écoresponsable, a été conçu avec un objectif clair : offrir une armure et une vitrine à l’excellence de nos terroirs français. C’est la traduction concrète de ce que je défends : la souveraineté se construit par la logistique. L’échéance approche à grands pas : de premières régions françaises vont commencer à s’y installer dès ces prochains mois ! C’est une étape majeure pour valoriser leur identité régionale et leurs filières d’excellence (AOP, IGP, labels de qualité et productions locales). Et de peser, aussi, plus fort sur le Marché.
CHIFFRES CLÉS DE L’ANNÉE 2025
• 12,3 Md€ de chiffre d’affaires global généré par l’ensemble des entreprises de Rungis.
• Près de 1 200 entreprises qui font travailler plus de 13 300 personnes au quotidien.
• 6,2 millions d’entrées d’acheteurs sur l’année 2025.
• Près de 4 500 nouveaux acheteurs ont créé leur dossier en 2025 (+4 %).
• Plus de 1,7 million de tonnes de produits ont transité par le Marché :
• Fruits et légumes : avec plus de 1,2 million de tonnes, ils représentent à eux seuls près de 70 % des volumes de produits frais.
• Produits carnés : près de 250 000 tonnes de viande et de volaille.
• Produits laitiers et de la gastronomie : plus de 180 000 tonnes au total (108 000 tonnes pour le laitier et 74 000 tonnes pour la gastronomie).
• Produits de la mer : près de 60 000 tonnes de poissons et crustacés.
• L’horticulture (le plus grand jardin de France) :
• Fleurs coupées : plus de 107 millions de tiges échangées.
• Plantes et feuillages : près de 10 millions de plantes en pots et près de 5 millions de bottes de feuillages.