Carburants, matières premières, énergie... la filière BVP alerte sur un niveau de tension accru
Les conséquences du conflit en cours au Moyen-Orient affectent les entreprises du secteur agroalimentaire, et la boulangerie-pâtisserie, peu importe la taille des structures. La Fédération des Entrepreneurs de Boulangerie (BVP), autant que des organisations telles que le Synabio, alertent sur les risques encourus si la hausse des coûts de production induite n'était pas répercutée auprès des distributeurs ou au sein des points de vente : un choc durable pourrait se produire, avec à la clé la disparition de certains acteurs, autant qu'un ralentissement de la dynamique d'innovation.
Bien loin du vacarme des bombes, il y a également le feu au coeur de nos territoires. Plusieurs semaines après le déclenchement des premières opérations au Moyen-Orient, plus particulièrement en Iran et au Liban, les coûts de production évoluent rapidement pour les entreprises françaises du fait des conséquences de la fermeture du détroit d'Ormuz. Cet élément clé du commerce mondial est une voie de passage privilégiée pour les carburants et les intrants, indispensables pour les agriculteurs mais également pour leurs partenaires transformateurs. Les aspects logistiques sont les premiers à avoir occupé l'attention, avec une augmentation rapide des coûts liés au transport. Pour pallier à cette problématique, plusieurs meuniers ont mis en place des frais supplémentaires pour chaque commande livrée, devant permettre de compenser les surcoûts tout en poussant les boulangers à regrouper leurs achats. Il ne s'agit pas du seul sujet sur lequel les entreprises de la filière subissent des atteintes notables à leurs marges, déjà contraintes. La FEB note une "forte hausse des matières premières industrielles (MPI), en particulier les emballages", ainsi que des "pressions accrues sur l’énergie et certains intrants essentiels à l’amont agricole"... avec à la clé une "dynamique cumulative [...] particulièrement préoccupante pour les industriels de la BVP".
Les intrants continuent d'inquiéter
Le discours tenu par la FEB vient rejoindre celui de plusieurs acteurs et observateurs de l'amont agricole, qui craignent que la flambée du prix des intrants puisse conduire les producteurs de blé à se tourner vers d'autres productions, voire à laisser une partie de leurs terres en jachère. Pour eux également, la faiblesse des marges - le cours des céréales n'évoluant pas suffisamment à la hausse pour couvrir les coûts de production - est une problématique majeure. La forte dépendance des cultures de blé aux engrais azotés démontre, une fois encore, la fragilité du système agricole français... alors même que la souveraineté alimentaire revient fréquemment dans les débats. Si pour l'heure la France est largement excédentaire sur la production de cette céréale chère aux boulangers, une raréfaction de l'offre pourrait se produire à moyen terme, et notamment si les agriculteurs menaient des arbitrages en ce sens à l'automne.
Répercuter les hausses, un impératif encore incompris
Toute la filière se trouvera donc contrainte de répercuter les hausses de coûts dans un futur proche. Les obstacles pour y parvenir donc nombreux : qu'il s'agisse de cours mondiaux pour les céréaliers ou de prix fixés par des négociations commerciales annuelles achevées avant le conflit au Moyen-Orient, chaque maillon de la chaine de valeur agit sous contrainte... d'autant plus que l'inflation ainsi générée aboutirait potentiellement à un ralentissement de la demande. Pour la FEB, "les acteurs de la distribution, maillon clé de la chaîne, ont un rôle déterminant à jouer dans
cette période exceptionnelle, en acceptant la répercussion des hausses de coûts dans les négociations commerciales et en évitant toute politique de blocage artificiel des prix, déconnectée des réalités économiques." Aux yeux du Synabio, qui rassemble les entreprises agroalimentaires bio françaises, les négociations commerciales devraient être rouvertes sans délai. "Si les filières bio sont structurellement moins dépendantes de certains intrants, notamment les engrais de synthèse, elles restent fortement exposées à la hausse des coûts de l'énergie et des carburants. Il est donc essentiel de permettre aux acteurs les plus exposés de répercuter, ponctuellement et de manière encadrée, une partie de ces hausses", défend l'organisation. Pour l'heure, le gouvernement a affiché son hostilité à cette perspective... ce qui promet de nombreuses entreprises à des jours aussi complexes que douloureux.