, mis à jour le 11/05/2026 à 10h35

[Spécial RSE] « Une organisation robuste et duplicable »

Raoul Duc
Directeur général et responsable des opérations
Atypique
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Raoul Duc

Nouveau directeur général et responsable des opérations à la tête d’Atypique. Raoul Duc vient de rejoindre la start-up spécialisée dans la distribution BtoB de fruits et légumes déclassés. Sa mission : structurer le développement et préparer la croissance de l’entreprise actuellement en pleine levée de fonds.

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Quel a été votre parcours et quelle est votre mission chez Atypique ?
Raoul Duc

J’ai démarré en contrat d’alternance chez Transgourmet, ma première mission a été de travailler sur la gestion de la démarque. Après une mission de responsable approvisionnement pendant cinq ans, je suis parti chez Amazon élargir mon périmètre et travailler sur l’entrepôt. Au bout de trois ans, je suis revenu à mes premières amours en distribution et j’ai intégré la direction logistique de la filiale France Frais Méditerranée regroupant Distrisud, Auriac et le Comptoir des Saveurs, trois entités qui appartiennent à la coopérative Les Maîtres Laitiers. J’ai fait toute la chaîne de valeur, des achats jusqu’à la partie livraison. J’ai rencontré Simon Charmette en 2023, nous avions un entrepôt à Marseille qui n’était occupé que la nuit, je cherchais une solution pour améliorer sa rentabilité et arrêter de gaspiller de l’énergie. Avec Atypique, nous avons démarré une prestation à partir de l’automne 2023. Nous effectuions réception, préparation, stockage et expédition. En décembre 2025, l’entrepôt a fermé, mais le partenariat a continué sur un autre site France Frais Méditerranée, vers Avignon. À la suite du départ de Thibault Kibler, on m’a proposé de rejoindre Atypique à la direction générale. Cela m’a semblé une évidence. J’apporte une expertise logistique et une vision plus générale : j’ai navigué dans des entreprises de taille assez importante. Le but est d’accompagner la croissance et la montée en charge de l’entreprise. Nous devons déployer une organisation robuste et duplicable.

Comment résumeriez-vous l’ADN d’Atypique ?
Raoul Duc

Atypique est un grossiste déclassé fondé en 2021 par Thibault Kibler et Simon Charmette. Le double intérêt est d’aller chercher des produits là où ils ne sont pas du tout valorisés, où c’est une perte sèche pour les exploitants, et de les redistribuer dans un réseau qui en a la capacité en termes de volume et où l’impact est fort. Nous avons 150 producteurs partenaires et sommes présents à Paris, Lyon, Marseille, nos trois hubs commerciaux. Nous disposons de deux entrepôts logistiques sur deux de ces trois hubs et desservons les grandes zones autour. Tous les jours une dizaine de tournées partent de nos hubs, le reste est travaillé avec des prestataires de transport.

Qui sont aujourd’hui vos clients ?
Raoul Duc

Nous travaillons en restauration collective comme commerciale avec 800 clients dont 9 des acteurs du top 10 de la restauration France. Beaucoup de grands acteurs comme Sodexo, Compass ou Elior. Nous ne travaillons qu’avec une clientèle organisée, pas avec des indépendants. Cela porte notre développement au niveau national et ce sera la suite de l’histoire : adresser tous les établissements de ces acteurs au niveau national. À chaque nouvelle zone que nous ouvrirons, nous irons onboarder les établissements de Sodexo, Accor, Compass ou Elior, avec qui nous travaillons déjà au niveau national. À chaque nouvelle région ouverte, de nouveaux établissements intégreront notre portefeuille.

Est-ce plus compliqué de travailler et de proposer ces produits déclassés ?
Raoul Duc

Pour un seul produit, nous sourcons plusieurs dizaines de fournisseurs et nous documentons quotidiennement l’intégralité de notre gamme d’articles et de déclassements. Concrètement, cela signifie qu’un chef qui se connecte pour commander des poires aura à l’écran la totalité des fruits en stock à l’instant T, avec les photos et avec les types de déclassement. Une poire déclassée pour un petit calibre, par exemple, sera très intéressante pour une cantine scolaire car les petits fruits seront parfaits en termes de portions et éviteront le gaspillage en améliorant l’euro à l’assiette. À l’inverse, une cuisine centrale qui transforme sera intéressée par des poires gros calibres puisque ça réduira son temps d’épluchage. Il y aura un gain de productivité et une réduction des déchets. On pense évidemment à des défauts esthétiques : des produits tachés par le bois ou qui ont poussé de façon non homogène, mais nous avons aussi des produits qui sont tout simplement des excédents de production. À un moment donné, l’exploitant n’a pas la capacité commerciale d’aller sourcer de nouveaux interlocuteurs en direct. Faute de débouché, ces produits ne sont même pas ramassés. Nous allons capter ces volumes. Grâce à la force de notre réseau de distribution, à l’éducation commerciale menée chez nos partenaires, nous parvenons à mettre à disposition ces produits et à matcher avec les besoins clients.

Quel volume représentent ces produits déclassés ?
Raoul Duc

Jusqu’à 30 % de la production sur certaines exploitations. C’est colossal. Le marché des fruits et légumes aujourd’hui en RHF est de 1,5 Md€, il y a plus que cela en déclassé sur le marché français. Il y a une manne incroyable entre offre et demande à faire matcher. C’est hyperintéressant pour des acteurs à gros volumes qui ont des facilités pour les utiliser. Ils n’ont pas les mêmes contraintes que la GMS. On veut tous acheter des légumes et des fruits qu’on dit « moches » mais quand on se retrouve devant un étal avec le choix entre les deux, finalement ce n’est pas si évident que cela ! Il y a beaucoup d’éducation à faire, c’est plus facile d’adresser des chefs, des professionnels de la restauration, qui, une fois convaincus, commanderont des quantités importantes et régulières.

Et en termes de prix ?
Raoul Duc

Nous sommes 15 % moins chers que les grossistes traditionnels. Mais c’est une moyenne très générale puisqu’on va être bien meilleurs sur les produits labellisés bio et HVE. Là où on va avoir moins de différence avec les gros acteurs c’est sur les produits de base à très forts volumes comme les pommes de terre, les carottes ou les pommes. Nous sommes assez complémentaires finalement.

Votre action en quelques chiffres ?
Raoul Duc

Depuis le lancement de l’aventure, nous avons reversé 10 M€ à la production agricole française, accompagné plus de 150 producteurs et sauvé 9 000 tonnes de fruits et légumes. L’objectif, c’est 30 000 tonnes sauvées et 30 M€ reversés aux agriculteurs en 2030. Pour y arriver, nous allons maintenir nos efforts de croissance à hauteur de 30 %. Côté clients, nous poursuivons notre mission de valoriser des produits labellisés car nous travaillons à 80 % avec des produits labellisés bio ou HVE.

Quels sont les objectifs 2026 ?
Raoul Duc

Nous souhaitons maintenir nos efforts de croissance et continuer à monter en impact auprès de nos clients. Nous sommes bien présents en Ile-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes, nos secteurs historiques, et sommes en fort développement sur la zone Paca. Courant 2026, l’ambition est d’ouvrir une nouvelle zone. Aujourd’hui, les fruits et légumes ne re présentent que 20 % du gaspillage amont, on sait qu’on a 80 % à aller travailler sur d’autres gammes comme les produits laitiers, les produits surgelés, l’épicerie. Il y a énormément d’acteurs qui aujourd’hui ont du gaspillage et des réseaux qui ne savent pas les écouler sur les formats RHF. Le champ des possibles est large. 

LES CHIFFRES

7 M€ de chiffre d’affaires en 2025 
• Objectif de 30 M€ de CA d’ici à 2030 
150 producteurs partenaires 
800 clients 
15 % moins chers en moyenne que les grossistes traditionnels 
10 M€ reversés à la production agricole et 9 000 tonnes de fruits et légumes sauvés depuis la création d’Atypique
 

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Livre blanc Atypique
Chloé Labiche, rédactrice au sein de Zepros Resto et Zepros Distributeurs RHD. Rubriques Indépendants, Chaînes et Groupes, Distributeurs Foodservice, Actus Métiers, Fournisseurs.
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