Gaspillage alimentaire : les cantines au cœur de 55 propositions

, mis à jour le 12/02/2026 à 18h01
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Guillaume Garot loi anti gaspillage alimentaire

Le député de la Mayenne Guillaume Garot, père de la loi anti-gaspillage de 2016, a présenté mercredi 11 février à l'Assemblée nationale 55 propositions pour franchir une nouvelle étape dans la lutte contre le gaspillage. Une proposition de loi devrait suivre au printemps.
 

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Dix ans jour pour jour après l'adoption de sa loi contre le gaspillage alimentaire, Guillaume Garot remet le couvert. Le député socialiste de la Mayenne, co-président avec Graziella Melchior (députée du Finistère) de l'Agenda 2030 contre le gaspillage alimentaire, a présenté mercredi une feuille de route ambitieuse issue d'une année de travail collectif avec plus de 200 parties prenantes.
Les chiffres justifient l'urgence d'agir. Aujourd'hui, 135 euros de nourriture encore consommable sont jetés par chaque Français chaque année. Au total, 3,8 millions de tonnes de produits partent à la poubelle annuellement. Le gaspillage alimentaire représente 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. « La France occupe une place à part dans cette lutte pour mieux produire et mieux consommer », souligne le document de présentation. Avec la loi de 2016, elle a "essaimé partout sur son territoire un écosystème d'acteurs engagés : une vraie 'culture anti-gaspi' irrigue désormais toute la chaîne alimentaire. »

De nouvelles obligations pour entreprises et consommateurs

L'Agenda 2030 s'articule autour de cinq grands axes : renforcer et coordonner la lutte aux niveaux national et territorial, mesurer pour agir efficacement, responsabiliser les entreprises et organisations, accompagner les consommateurs, et favoriser le don. Parmi les 55 propositions, plusieurs mesures phares se détachent. L'Agenda préconise la création d'une « Semaine annuelle contre le gaspillage alimentaire », avec mobilisation de l'ensemble des acteurs et développement d'actions sur les lieux de vente. Les établissements scolaires auraient un « volet spécifique » avec un défi annuel sur la durée et des ateliers lors de la semaine dédiée.
Par ailleurs, le document propose d'encourager l'apposition sur les emballages d'une mention complémentaire après la date de durabilité minimale (DDM), indiquant que le produit reste consommable après la date indiquée. Depuis 2022, la réglementation autorise déjà les industriels à apposer une telle mention. Les fiches de postes des décisionnaires et opérationnels devraient intégrer la contribution à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Cette intégration serait "volontaire, applicable au public comme au privé et centrée sur les responsabilités professionnelles effectives."
Autre point abordé par l’Agenda : mieux informer sur le label national anti-gaspillage alimentaire auprès des professionnels et du grand public, et à faciliter son accès entre autres par un allégement de la charge financière. Il préconise également de renforcer l'information et d'optimiser les contrôles sur les obligations existantes issues de la loi de 2016, des lois Egalim, AGEC et de l'ensemble des décrets et ordonnances ayant un effet sur le gaspillage. A noter aussi, la proposition de création d'une plateforme numérique de la lutte contre le gaspillage alimentaire afin de centraliser l'information et identifier les acteurs et bonnes pratiques. Celle-ci s'articulerait avec les outils existants comme l'ADEME, Ma Cantine ou les annuaires des REGAL (Réseaux d'Évitement du Gaspillage Alimentaire).

Le don en restauration collective comme levier prioritaire

La restauration collective, qui génère 12 % des déchets alimentaires totaux selon les données 2022, fait l'objet d'une attention particulière dans l'Agenda 2030. Parmi les mesures concernant le don, l'Agenda envisage de développer le don sur place en "deuxième service" en restauration collective. Cette mesure, déjà mise en place sur certaines structures par Aux Goûts du Jour, Familles Rurales ou Excellents Excédents, « suscite plus largement l'intérêt au sein du secteur de la restauration collective. »
Le document préconise également d'adapter les règles encadrant les cahiers des charges des marchés publics de restauration collective aux exigences de la lutte contre le gaspillage. Il s'agit notamment d'introduire une flexibilité des portions, des approvisionnements en produits "imparfaits" ou surplus, voire des commandes à la composante et de la gestion des excédents. Cette mesure « pourrait à court terme faire l'objet d'une expérimentation dans les territoires volontaires », précise l'Agenda.
L'Agenda recommande aussi de cuisiner et transformer les surplus alimentaires pour construire un maillage à l'échelle des territoires, en soutenant les structures associatives et publiques développant des circuits de transformation et de valorisation. Parmi les propositions innovantes figure également la possibilité de clarifier le cadre du don au personnel directement dans les établissements, ou de développer les surplus de restauration collective à l'issue des services payants, en réouvrant les restaurants.
Guillaume Garot et Graziella Melchior ont annoncé que ces travaux donneront lieu à une proposition de loi au printemps prochain. "Le combat contre le gaspillage alimentaire est un long chemin. Nous sommes fiers de ce travail collectif d'une année, pour avancer vers une société plus responsable et plus fraternelle", concluent les deux députés dans leur présentation. Reste à savoir si, dans un contexte parlementaire fragmenté, cette nouvelle initiative législative pourra aboutir et franchir avec succès les différentes étapes du processus législatif.

Rédactrice en chef de Zepros La Collective, Claire Cosson cultive une passion singulière pour l’univers de la restauration collective. Depuis plus de vingt ans, elle observe et décrypte les mutations d’un secteur souvent discret mais essentiel.
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