La galette des Rois à 2,50 euros provoque l'indignation de la filière
Entre boulangers et distributeurs, le torchon brûle. A l'occasion de l'Epiphanie, les grandes enseignes ont encore attaqué l'un des symboles de la filière : la galette des Rois. Non contents de casser les prix de la baguette, ils proposent des références du fameux gâteau festif à des prix particulièrement bas. Pour y parvenir, ces mastodontes de la consommation pèsent de tout leur poids sur les fournisseurs... au risque de les écraser.
Au moment de tirer les Rois, seule une poignée d'individus pourrait décrocher la couronne. Cette année encore, les grandes enseignes nationales de la distribution ont multiplié les promotions pour attirer la clientèle au sein de cette période festive : des galettes proposées à 2,50, 3 ou 3,50€ selon les enseignes, un tarif alléchant pour un public cherchant plus la quantité que la qualité. En coulisses, ce niveau de prix a des conséquences lourdes pour les industriels fournissant les distributeurs : dans le cadre des négociations menées avec ces derniers, ils se voient contraints d'accepter de telles conditions, avec des marges souvent inexistantes voire négatives, de peur de perdre l'ensemble des volumes de commande. Plus globalement, c'est le travail de l'ensemble des producteurs qui est dévalorisé, comme le dénonce la Fédération des Entrepreneurs de Boulangerie (FEB) : "Afficher une galette à 2,50 €, c’est occulter volontairement la réalité de la filière : celle des producteurs de beurre, d’œufs, de farine, des artisans et des entreprises qui fabriquent, façonnent, cuisent et distribuent un produit festif, attendu et respecté par les consommateurs."
Une perception du prix brouillée
Face à des offres positionnées à des niveaux de prix très différents, les consommateurs disposent de peu d'outils pour faire la différence. Si le goût ou la composition sont de bons indicateurs, la tentation demeure forte pour des foyers modestes. "Ces actions commerciales ne sont pas un acte en faveur du pouvoir d’achat. Elles relèvent d’une stratégie de communication agressive, qui utilise un produit symbolique comme simple levier d’image prix, au mépris de la cohérence économique et de la durabilité de la filière.", tance la FEB. Difficile en effet pour le reste de ses adhérents disposant d'un réseau de magasins, parmi lesquels comptent les enseignes telles que ANGE, Marie Blachère, L'atelier Papilles ou encore Boulangerie Louise, de justifier des tarifs nettement supérieurs de par leur nécessité de réaliser des marges sur chaque référence, ces dernières n'étant pas noyées dans les grands ensembles que représente l'offre d'un super ou hypermarché. Le sujet devrait intéresser Serge Papin, Ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat et ancien dirigeant de Coopérative U (ex-Système U) : ce fin connaisseur de l'univers de la distribution a plusieurs fois indiqué souhaiter assainir les relations entretenues avec les fournisseurs au sein du secteur. Il faudra désormais le prouver, pour éviter que la galette ne devienne qu'un objet marketing, vidé de toute sa valeur.