Les meuniers et filières agricoles tentent de rassurer au sujet du cadmium

, mis à jour le 09/04/2026 à 08h22
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Blé

Le récent rapport de l'Anses sur la forte présence de cadmium dans l'alimentation a suscité une vague de questions et d'inquiétude chez les consommateurs. Les produits à base de céréales étant directement visés par l'étude, les boulangers et leurs fournisseurs ont été bousculés, cette communication accentuant la perte de confiance vis à vis de leurs produits. Les prises de parole se sont multipliées pour tenter de démontrer le caractère vertueux des pratiques des filières.

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Peut-on continuer de consommer du pain sans risque ? C'est l'une des questions auxquelles ont du faire face les boulangers ces derniers jours, suite à la médiatisation du rapport de l'Anses concernant la présence massive de cadmium dans les céréales. Après avoir subi les effets de la diabolisation du gluten et de nombreux régimes restrictifs, les professionnels de la gourmandise sont confrontés à la perspective de voir l'attachement à plusieurs de leurs produits clé de nouveau remis en cause. Pour tenter de rassurer les consommateurs, plusieurs acteurs de la filière ont d'apporté des éléments concrets, démontrant un engagement collectif sur le sujet et des taux faisant bien plus que respecter les normes en vigueur.

Les meuniers en première ligne

De par la relation privilégiée qu'entretiennent les meuniers avec les boulangers, ils ont été rapidement sollicités pour apporter des éléments de réponse suite aux interrogations formulées par les consommateurs. Pour rassurer les artisans, plusieurs de ces entreprises ont ainsi mené une opération de transparence, apportant des éléments chiffrés. C'est le cas des Moulins Familiaux (qui rassemble les Moulins de Chars, de Chérisy, de Brasseuil et Paul Dupuis), qui a transmis une attestation à ses clients dans laquelle l'entreprise rappelle plusieurs informations importantes sur le sujet. "Le cadmium est une substance naturellement présente dans l'environnement. On le trouve dans les roches et les sols, partout dans le monde. Sa présence dans les aliments dépend donc en grande partie de la nature des sols agricoles. Certaines pratiques agricoles, notamment l'utilisation passée ou actuelle d'engrais phosphatés, peuvent également contribuer à de faibles apports en cadmium.", précise le meunier, qui ajoute que le processus de transformation du blé en farine n'a pas d'impact sur la teneur en cadmium du produit fini

De par l'omniprésence du pain et des produits céréaliers dans l'alimentation des Français, des contrôles et normes ont été mis en place. Les produits à base blé tendre ne doivent ainsi pas excéder 0,10mg par kilogramme de denrée. Les Moulins Familiaux a réalisé depuis 2011 566 analyses, lesquelles se sont toutes révélées conformes à la réglemtatation. Depuis le début de l'année, ce sont 17 tests qui ont été réalisés, avec une "teneur moyenne mesurée de 0,03 mg/kg, soit très largement inférieure au seuil autorisé"

Dans l'Ouest de la France, le Moulin de Champcors, dirigé par Emmanuel Pivan, dresse un constat similaire. "En Ille-et-Vilaine, Mayenne, Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, nos analyses sur les récoltes de blé 2023, 2024 et 2025 montrent des niveaux très largement inférieurs au seuil réglementaire (0,1 mg/kg), autour de 0,03 mg/kg en moyenne (soit ~3 fois moins). Une situation liée à des sols limoneux, ou sableux, naturellement peu chargés en cadmium.", résume l'entreprise. Elle rappelle également l'attachement collectif de la meunerie française à la sécurité alimentaire, affirmée en juillet 2024 avec le lancement de Contrôle F par l'Association Nationale de la Meunerie Française (ANMF). Les informations liées aux analyses, notamment sur le cadmium, sont ainsi collectées pour "assurer une exploitation et une synthèse au bénéfice des entreprises et de l’action collective".

L'agriculture biologique défend son caractère vertueux

Selon l'Anses, l'Agriculture biologique était tout aussi concernée par la problématique du cadmium que les filières conventionnelles. Une affirmation que les promoteurs du mode de culture ont vivement contesté. "La contamination au cadmium est un problème structurel, lié avant tout à des décennies d'utilisation d'engrais phosphatés contaminés. Le bio, par définition, n'en ajoute pas dans les systèmes agricoles. Des sols historiquement contaminés peuvent certes affecter toutes les cultures (bio comme conventionnel), mais ça ne doit pas être une raison pour confondre victime et responsable.", a précisé le Synabio (syndicat des entreprises bio agroalimentaires) dans une communication diffusée sur LinkedIn. Plus grave, l'agence est accusée d'avoir omis des données issues d'études scientifiques, où les teneurs en cadmium observées sur les produits cultivés en Agriculture biologique affichent de bien meilleurs résultats que les références conventionnelles. La Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) a demandé un correctif : "La réglementation bio impose des seuils limites 30% plus bas pour les phosphates miniers[ et 75% plus bas pour les composts de biodéchets utilisables en agriculture biologique. Par ailleurs, les agriculteurs bio n’utilisent peu voire pas du tout de phosphates miniers, premiers responsables de la contamination des sols français au cadmium selon l’ANSES. [...] Une étude de 2014 concluant à un écart de 48% de teneur en cadmium entre aliments bio et non bio n’est même pas évoquée dans les travaux de l’agence."

Rémi Héluin, Rédacteur en chef du magazine Zepros Boul-Pat
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