Nièvre : le Rungis rural passe à la vitesse supérieure en 2026
Après deux ans d'enquêtes, le projet de plateforme d'approvisionnement local sort des cartons. En 2026, les premiers marchés publics serviront de tests pour rapprocher producteurs nivernais et cantines scolaires.
Rapprocher producteurs locaux et restauration collective dans la Nièvre, c'est le pari du Rungis rural. Après deux ans d'état des lieux et d'enquêtes, le projet piloté par le Conseil départemental, les Pays Nivernais-Morvan et Val de Loire-Nivernais et Nevers Agglomération passe au concret. Objectif : augmenter la part de produits nivernais dans les 7 millions de repas servis chaque année en restauration collective. Le Rungis rural vise à créer une plateforme d'approvisionnement pour alimenter les cantines d'écoles, collèges, lycées, maisons de retraite et hôpitaux du département. Actuellement, la part de produits locaux reste faible : 33 % au collège Louis-Aragon d'Imphy, 30 % à la Cuisine des saveurs à Nevers en 2025. « Il faudra sûrement quelques années et plusieurs modèles d'organisation successifs pour arriver à une part majoritaire d'approvisionnement local », reconnaît Christian Paul, président du Pays Nivernais-Morvan.
Les chiffres de l’enquête parlent néanmoins d’eux-mêmes. BioBourgogne et le Centre d'études et de ressources sur la diversification (CERD) ont interrogé 35 acteurs de la restauration collective et 40 producteurs. Côté demande, 85 % des restaurants achètent des produits locaux, principalement en gré à gré. Mais 57 % des répondants limitent leurs achats en raison du manque de budget. 29 % indiquent rencontrer souvent des difficultés à s'approvisionner en viandes locales. Côté offre, 81 % des producteurs travaillent déjà avec la restauration collective, mais la plupart commercialisent moins de 10 % de leur production par ce biais. 75 % souhaitent développer leurs ventes. Point de friction majeur : 62 % ne souhaitent pas réaliser de remises sur leurs prix.
Le prix, point d'achoppement
L'équation reste complexe. La restauration collective dispose d'un budget limité : entre 2 et 2,30 euros par repas pour l'achat de denrées alimentaires dans une cantine scolaire, 3,11 euros par jour en Ehpad. Les producteurs, eux, affichent des tarifs professionnels déjà serrés.
L'arrivée à échéance de plusieurs marchés publics en 2026 va servir de tests grandeur nature. Le projet accompagnera les clients pour mieux ouvrir leurs marchés aux producteurs locaux, et aidera les fournisseurs à répondre collectivement aux appels d'offres. D'autres services sont à l'étude : catalogue de l'offre locale, site internet, solutions logistiques mutualisées. Un voyage d'étude est prévu en février dans les Deux-Sèvres, où une plateforme similaire fonctionne depuis quinze ans.