Restauration scolaire : les Français en font une priorité !
Un sondage Ipsos BVA, publié mardi 17 février, bouscule la perception de la restauration collective. Pour une majorité de Français, la cantine n'est plus un simple service de proximité : c'est un outil de santé publique. Une conviction qui pousse le SNRC à réclamer sa sanctuarisation comme service public obligatoire.
« Ces résultats nous honorent et nous obligent. » La formule d'Isabelle Aprile, présidente du Syndicat national de la restauration collective (SNRC), a le mérite de la clarté. Le sondage Ipsos BVA, réalisé à la demande du syndicat en janvier dernier auprès de 1 300 Français, est en effet sans équivoque : une majorité de nos concitoyens considèrent la restauration collective comme un outil de santé publique à part entière. Etonnant au regard des nombreux reportages à charge contre ce secteur, mais finalement pas tant que cela. Surtout sachant qu’un enfant sur cinq arrive à l'école le ventre vide. Que près de 17 % des moins de 18 ans sont en surpoids ou obèses en France. Et que selon la FAO, une mauvaise alimentation coûte chaque année 125 Md€ à la société française — une réalité que plus de neuf Français sur dix sous-estiment largement.
Dans ce contexte, la restauration scolaire apparaît moins comme un service de cantine que comme une ligne de défense sanitaire. 92 % des Français sondés y voient d’ailleurs un rempart contre la précarité alimentaire, 85 % un levier de prévention de l'obésité infantile, et 87 % un vecteur de bonnes habitudes alimentaires. Autre chiffre surprenant dans cette étude : plus d'un parent sur deux reconnaît que les repas servis à la cantine sont plus équilibrés que ceux qu'il propose lui-même à son enfant au quotidien. Et 84 % les jugent au moins aussi équilibrés. Ce n'est pas un aveu d'échec parental — c'est le reflet d'un écart persistant entre les aspirations et la réalité des familles. Si 94 % des Français déclarent vouloir manger sainement, seulement 74 % y parviennent réellement. La contrainte financière, principalement, fait la différence. La restauration collective, elle, s'adapte aux revenus : 80 % des sondés estiment d'ailleurs que son coût doit être modulé selon les ressources des familles.
La cantine scolaire devrait être une priorité municipale
Fort de ce constat, le sondage révèle une conviction largement partagée : 81 % des Français — et 83 % des parents — considèrent qu'investir dans une restauration scolaire de qualité est un levier pour réduire les dépenses de santé publique sur le long terme. Mieux : dans un contexte budgétaire pourtant contraint, 91 % estiment que les collectivités devraient bénéficier de davantage de moyens pour y parvenir, et 85 % veulent qu'elle soit traitée comme une priorité municipale. À quelques mois des élections municipales — la restauration scolaire relevant directement de la compétence des maires —, le message adressé aux candidats est limpide. 79 % des Français, et 83 % des parents, classent le sujet comme prioritaire ou important pour le prochain scrutin.
Paradoxe : alors que la conviction est forte concernant le rôle de la restauration scolaire, la connaissance du système reste lacunaire. Si 74 % des parents déclarent être bien informés sur les menus, ils ne sont que 46 % à connaître le choix des produits servis, 39 % la manière dont est gérée la restauration scolaire, et seulement 25 % la façon dont sont sélectionnés les prestataires. Même le cadre réglementaire leur échappe : 64 % des Français ignorent que la loi EGAlim impose déjà 50 % de produits durables et/ou de qualité dans les assiettes collectives.
Faire de la cantine un service public obligatoire
Un déficit de pédagogie que collectivités et opérateurs devront combler s'ils veulent transformer l'adhésion de principe en soutien durable. Tout comme le fait de s’interroger sur la place que l’on veut réellement donner à la restauration collective dans le débat public. Pour Isabelle Aprile, la conclusion s’impose d’elle-même : « On a franchi une étape. L’image de la restauration collective progresse. Il faut maintenant rendre ce service public de proximité obligatoire. Pour que les maires n’aient plus jamais à choisir entre la cantine et la police municipale, pour que tous nos enfants en bénéficient ! ».
Les propositions du SNRC pour amplifier la transition
Le syndicat professionnel ne se contente pas de constats. Il avance quatre leviers concrets pour soutenir la montée en gamme de la restauration collective, dans un contexte où le surcoût lié à la loi Egalim est estimé entre 0,30 € et 0,67 € par repas selon les secteurs :
- Renforcer les budgets alloués aux achats de matières premières. Le coût moyen d'un repas en restauration scolaire tourne autour de 2 €. L'inflation et les exigences réglementaires ont fait grimper la facture de 20 % en moyenne. Sans revalorisation des enveloppes, l'équation devient intenable.
- Encourager la saisonnalité dans les cahiers des charges. Le SNRC demande aux donneurs d'ordre de cesser d'imposer certains produits hors saison — par exemple, la tomate en hiver — pour favoriser les circuits courts et réduire les coûts.
- Accompagner la relance de filières agricoles. Certaines productions ont disparu ou se sont raréfiées sur le territoire. Le syndicat plaide pour un soutien public à la réintroduction de cultures ou au développement de capacités d'élevage.
- Valoriser l'origine France dans la plateforme "Ma Cantine". Aujourd'hui, 71 % des viandes servies en restauration collective sont d'origine française, 95 % des œufs et 99 % du lait également. Le SNRC souhaite que ces performances soient mieux reconnues et intégrées aux indicateurs de suivi réglementaire.