Sébastien Lecornu ne veut plus de produits hors UE dans les cantines de l’Etat
Le Premier ministre a dénoncé, jeudi 31 janvier, l'incapacité de l'État à tracer 1 Md€ de commandes alimentaires annuelles, annonçant une rupture radicale dans la politique d'achat public.
Les agriculteurs grondent. Sébastien Lecornu, aussi. Lors d'un déplacement en Eure-et-Loir, ce jeudi 30 janvier, le Premier ministre a fustigé les pratiques actuelles de la restauration collective publique, révélant que l'État lui-même ignore l'origine géographique de ses achats alimentaires destinés aux cantines des armées, universités et administrations. Le constat dressé par le Premier ministre est sévère. « J'ai cherché à savoir quelle était d'abord la somme globale de commandes publiques pour acheter de la nourriture pour les cantines qui dépendent de l'État. C'est 900 M€, et en fonction des années pas loin de 1 Md€ par an », a-t-il déclaré devant les représentants du monde agricole. Plus embarrassant encore, l'État se révèle incapable de fournir des données précises sur la destination de ces fonds. « J'ai demandé aux différents services de nous dire sur ce milliard, combien allait à l'étranger, combien restait en France, combien allait en dehors de l'Union européenne. Eh bien, on n'a toujours pas la réponse », a-t-il admis.
"On n'était pas bon et ça ne peut pas durer"
« C'est un peu inédit ce que je fais, parce qu'en général, les ministres, ils aiment bien annoncer des bonnes nouvelles ou dire qu'on est les meilleurs. Moi, je suis venu vous dire qu'on n'était pas bon et que ça ne peut pas durer », a-t-il poursuivit. « L'État et les parlementaires ont pris des lois pour donner des obligations aux collectivités territoriales, lesquelles les ont en partie remplies. Et l'État, lui, n'a absolument pas montré l'exemple, puisqu'il est largement mauvais élève.»
Justifiant ce tournant par l'évolution du contexte international, le Premier ministre a évoqué « un monde beaucoup plus brutal » nécessitant « une forme de radicalité dans les choix ». Il a qualifié de « surréaliste » la situation actuelle : « Avoir une mobilisation et une unanimité aussi forte contre le traité du Mercosur, et en même temps que personne ne se pose vraiment la question d'où vient tel ou tel morceau de viande, tel ou tel fruit ou légume dans son assiette. »
En conséquence, il souhaite exclure totalement les produits extra-européens des marchés publics alimentaires. « Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles et alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne », a-t-il martelé. Le chef du gouvernement a toutefois écarté l'option d'une préférence purement nationale, la qualifiant d'"hérésie" pour un pays exportateur comme la France au sein de l'UE. « On ne va pas commencer nous-mêmes à abîmer ceux qui participent à la réussite de notre modèle », a-t-il précisé.
Sanctions pour les acheteurs publics
Concrètement, le Premier ministre a annoncé la nécessité de « récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs ». Les orientations seront inscrites dans les lois de décentralisation et la future loi agricole, « non pas pour nous redonner des objectifs théoriques qu'on serait amenés peut-être à remplir à la Saint-Glinglin, mais au contraire être dans une logique désormais d'interdiction et de principe. »
Une décision qui tombe à pic ! Parce qu’elle pourrait représenter un débouché majeur pour les producteurs français. Sébastien Lecornu y voit "un choc majeur, potentiellement choc positif pour le monde agricole", nécessitant une "capacité à devoir produire de manière régulière, prévisible dans les quantités agréées et contractualisées".
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard, également présente, a souligné l'importance de cette commande publique pour "sécuriser du revenu" pour les agriculteurs dans un contexte géopolitique difficile.