, mis à jour le 03/09/2026 à 08h43

« Le meilleur moyen de bien réagir à une cyberattaque, c’est de s’y préparer ! »

Laurent Verdier
Directeur de la sensibilisation
Cybermalveillance.gouv.fr
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LAURENT VERDIER _ CR Christian ADNIN

À quelques jours du Cybermois (octobre), Laurent Verdier, directeur de la sensibilisation de Cybermalveillance.gouv.fr, rappelle que la cybersécurité doit s’inscrire dans la durée. Pour les professionnels de la restauration, particulièrement exposés au piratage de comptes, à l’hameçonnage et aux fraudes au virement, il détaille les bonnes pratiques et les ressources mises gratuitement à leur disposition. Entretien réalisé le 28 août.

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Le Cybermois revient chaque année. Quel est le thème de cette édition 2026 et comment faire pour que la cybersécurité ne soit pas seulement un « sujet d’octobre » ?
Laurent Verdier

Le Cybermois en est à sa 14e édition. Après avoir été piloté pendant ses dix premières éditions par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), il est animé depuis quatre ans par Cybermalveillance.gouv.fr. A l’origine, cette initiative s’est inscrite dans une démarche portée par l’Enisa, l’agence européenne chargée de la cybersécurité, qui invite chaque année les États membres à proposer, durant le mois d’octobre, des actions de sensibilisation destinées à tous les publics ainsi qu’aux organisations qu’elles soient publiques ou privées.

Le Cybermois ne doit toutefois pas être considéré comme un rendez-vous limité à un mois. L’objectif est de profiter d’octobre pour sensibiliser et faire évoluer les pratiques, afin que les bonnes habitudes soient appliquées tout au long de l’année, dans les usages personnels comme professionnels.

Pour l’édition 2026, notre campagne s’intitule « Se Cyber Protéger, ce n’est pas Si Bête ». Elle met en scène des animaux de manière ludique afin de rendre les messages de cybersécurité plus accessibles et d’interpeller chacun sur ses usages numériques quotidiens. Il est d’ores et déjà possible de s’inscrire pour recevoir ces visuels le 1er octobre [lien ici]
 

Quelles mesures simples un restaurateur doit-il mettre en place ?
Laurent Verdier

Avant même de parler de mesures techniques, il faut que le chef d’entreprise prenne conscience de l’importance du numérique dans le développement et la pérennité de son activité. Outils de gestion, communication, paiement, réservation ou encore notoriété : la restauration dépend aujourd’hui largement de ces usages.

Cette dépendance implique d’intégrer la sécurité numérique dans la gestion de l’entreprise. Nous recommandons donc aux dirigeants, qu’ils soient restaurateurs, hôteliers ou issus d’un autre secteur, de mettre en place une véritable gouvernance du numérique et donc de la cybersécurité, avec des décisions et des actions concrètes.

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Quels sont les risques les plus fréquents auxquels les restaurateurs sont exposés ?
Laurent Verdier

On associe souvent la cybersécurité aux secteurs très technologiques. Pourtant, les activités plus traditionnelles, comme la restauration et l’hôtellerie, sont, elles aussi, de plus en plus dépendantes du numérique et donc exposées aux cyberattaques.

En 2025, le guichet national d’assistance aux victimes de cybermalveillance, que nous opérons en partenariat avec la police et la gendarmerie nationales , le « 17Cyber.gouv.fr », a enregistré plus de 504 000 demandes d’assistance, dont plus de 27 000 émanant de victimes professionnelles : PME, TPE ou associations.

La première menace que nous percevons pour les professionnels est le piratage de comptes en ligne. Nous multiplions les services et les accès numériques, mais ceux-ci sont encore trop souvent protégés par des mots de passe faibles ou uniques pour plusieurs services déjà utilisés. Or, lorsqu’un attaquant prend le contrôle d’une messagerie, il peut rapidement accéder à des informations de facturation, à des documents ou à d’autres éléments susceptibles d’être exploités à des fins frauduleuses.

La deuxième menace est l’hameçonnage, qui consiste à tromper une victime afin de lui faire communiquer des informations confidentielles, notamment des identifiants/mots de passe ou des données financières.

En troisième position figure la fraude au virement, dont le nombre a augmenté de plus de 90 % en 2025. Les méthodes peuvent varier, mais l’objectif est toujours de pousser l’entreprise à effectuer un virement frauduleux, qu’il soit programmé puis détourné ou provoqué par l’attaquant. Les sommes en jeu peuvent être considérables. Il est donc essentiel de mettre en place des procédures de paiement robustes, systématiques et difficiles à détourner.

Viennent ensuite les rançongiciels, qui chiffrent les données et réclament une rançon. Ils restent une menace importante. Il faut protéger les accès au système d’information et, en cas d’attaque, nous recommandons de ne jamais payer la rançon : rien ne garantit que la clé de déchiffrement sera ensuite communiquée.

Enfin, la violation de données constitue une autre menace majeure. Les entreprises détiennent de nombreuses informations sur leur activité, leurs salariés, leurs clients ou leurs partenaires. Ces données peuvent être copiées, exfiltrées ou altérées, puis utilisées à des fins frauduleuses.

Toutes les entreprises, y compris celles de la restauration et de l’hôtellerie, sont aujourd’hui concernées par ces différentes menaces. 

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Quels outils Cybermalveillance.gouv.fr met-il à leur disposition ?
Laurent Verdier

Depuis le lancement du dispositif et de la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr en 2017, nous sommes le premier producteur de contenu en matière de sensibilisation et de prévention. Dès l’origine, nous avons fait le choix de rendre ces contenus accessibles au plus grand nombre, en évitant les anglicismes, les acronymes et les noms de technologies complexes.
Pour les chefs d’entreprise, nous recommandons d’agir concrètement autour de trois axes.

Le premier consiste à s’informer, s’outiller et se préparer. Le meilleur moyen de réagir à une cyberattaque, c’est de s’y préparer ! Nous proposons notamment des ressources sur le pilotage de la cybersécurité, les premiers réflexes en cas d’attaque ou encore un mémento destiné spécifiquement aux chefs d’entreprise pour les aider à comprendre les enjeux et à s’organiser.

Deuxième axe : se sensibiliser et sensibiliser ses collaborateurs. Le facteur humain joue un rôle déterminant dans les cyberattaques. Nous proposons notamment SensCyber, une e-sensibilisation courte, dynamique et illustrée, accessible librement sur la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr. Nous avons également développé SenCy-Crise, un MOOC consacré à la gestion d’une crise cyber, réalisé avec le ComCyber-MI, l’instance stratégique du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace.
Le Cybermois constitue également une occasion pour les entreprises de participer à des actions de sensibilisation. L’an dernier, le collectif du Cybermois réunissait plus de 1 200 participants.

Enfin, troisième axe : se sécuriser. Pour accompagner les entreprises, nous avons notamment développé, avec les fédérations et les syndicats professionnels des prestataires informatiques et en partenariat avec l’Afnor, le label ExpertCyber. Plus de 200 prestataires sont aujourd’hui labellisés sur l’ensemble du territoire. Le parcours de sécurisation MonExpertCyber permet  au chef d’entreprise d’établir rapidement un diagnostic de sa situation et, s’il le souhaite, d’être mis en relation avec des prestataires labellisés correspondant à ses besoins .
 

Comment sensibiliser efficacement des équipes de restauration, souvent nombreuses, mobiles et peu disponibles pour suivre des formations longues ?
Laurent Verdier

À travers la « théorie des 3 T » : Tous, Tout le temps, Toutes les solutions sont bonnes.

Tous, car l’ensemble des collaborateurs doit être sensibilisé : du chef d’entreprise aux dirigeants, managers et salariés. Une entreprise est une équipe et chacun doit connaître les enjeux, y compris les personnes qui n’accèdent que ponctuellement aux systèmes d’information et aux services qui en dépendent.

Tout le temps, car la sensibilisation doit se poursuivre toute l’année. Le Cybermois est une occasion, mais il en existe d’autres, comme le Safer Internet Day ou la Journée internationale de la sauvegarde. Il faut multiplier les occasions d’informer, de responsabiliser et même de tester les bons réflexes des collaborateurs.

Enfin, toutes les solutions sont bonnes. La sensibilisation ne doit être ni monolithique ni ponctuelle. Elle peut passer par des vidéos, des affiches ou des ateliers. La MalletteCyber Pro, lancée fin juin, permet notamment d’organiser des ateliers en entreprise sans écran, à partir d’un jeu de cartes et d’affiches destinées à informer et responsabiliser les collaborateurs.
 

Peut-on chiffrer le coût d’une cyberattaque pour un restaurant qui ne serait pas préparé ?
Laurent Verdier

Il est très difficile de donner un montant ni même une fourchette, car les attaques sont très diverses et les entreprises disposent de niveaux de sécurité et de ressources financières très différents.

Ce que montrent toutefois les nos échanges avec les chefs d’entreprise, c’est qu’une attaque, notamment une fraude au virement, peut lourdement affecter le chiffre d’affaires ou le bénéfice. Dans certains cas, les conséquences peuvent aller jusqu’à contraindre le dirigeant à envisager des licenciements, voire à mettre en péril la survie de l’entreprise.

Tout dépend du degré de dépendance de l’activité aux outils numériques, de la situation financière de l’entreprise, de la nature de l’attaque et de ses conséquences. Lorsque toutes les données deviennent inaccessibles à la suite d’un chiffrement, les conséquences peuvent être catastrophiques.

La première étape d’une démarche de sécurisation est donc l’analyse des risques : que se passerait-il si le système d’information devenait totalement indisponible ? Si un virement important était détourné ? Si des données étaient piratées ?
L’analyse de risques « basique » consiste d’abord à cartographier et à faire un état des lieux de l’existant : machines, systèmes, réseaux, bases de données, procédures en place… Il s’agit de connaître ce que l’on doit défendre pour ensuite y soumettre des scenarii d’attaques ce qui permettra de définir des priorité et mesures de protection adaptées à celles-ci.

Sans tomber dans le catastrophisme, il faut se poser ces questions et surtout les traduire en actions et en décisions. Aujourd’hui, toutes les organisations sont concernées par les cyberattaques.

Le Cybermois 2026 est justement l’occasion de se mobiliser. Les entreprises peuvent rejoindre le collectif et accéder aux campagnes et aux ressources proposées, notamment à un kit de communication. Elles pourront utiliser des visuels dans leurs signatures et leurs échanges, afficher des supports dans leur établissement ou encore organiser et rejoindre des événements de sensibilisation grâce à l’agenda du Cybermois.

Directeur des rédactions du Pôle Restauration de Zepros, rédacteur en chef de Zepros Resto, rédacteur en chef de Zepros Distributeurs RHD. Actus Métiers, Fournisseurs Boissons, France des chefs…
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